Evian-TG, portrait de l’international Danois Daniel Wass

Daniel Wass, l’infatigable et polyvalent défenseur d’Évian, s’affirme à 24 ans comme l’élément-clé du club haut-savoyard.

Entre la puissance de deux néo-fortunés et l’inexorable poids du passé, le paysage de la Ligue 1 ne laisse plus beaucoup de place aux belles histoires. Dans une autre époque, l’Évian-Thonon-Gaillard, son particularisme géographique, son paradoxe économique et sa trajectoire atypique auraient certainement dépassé les frontières d’un joli cadre régional. Car à l’arrière-plan du tableau dépeint et de ses clichés abondants - la lutte pour le maintien, les conférences de presse animées de Pascal Dupraz - Évian mérite un vrai coup de projecteurs sur plusieurs points, comme sa politique de recrutement.

Depuis son accession parmi l’élite, l’ETG s’appuie sur une filière danoise fructueuse. Avec Poulsen, Kahlenberg et Andersen, les saisons précédentes, ou Hansen pendant cette campagne, Daniel Wass, défenseur latéral international Danois de vingt-quatre printemps, personnifie à lui-seul la réussite de cette stratégie scandinave. Une récompense logique pour ce pur produit de Brøndby, enfin reconnu à sa juste valeur après une trajectoire sinueuse. Gros plan sur l’élément-clé de l’ETG.

Le Benfica lui a tourné le dos

Originaire de Gladsaxe, une ville moyenne de l’île de Seeland jouxtant la Suède, au nord-est du Danemark, Daniel Wass a débuté le foot à Avarta, dans la banlieue de Copenhague. Ses premiers faits d’arme ont immédiatement tapé dans l’œil de Brøndby, le club-phare de la périphérie de la capitale. Brøndby, c’est une école, déjà, l’académie des références, des frères Laudrup, notamment, et d’autres illustres joueurs du foot danois. C’est un savoir-faire, aussi, qui a permis à Wass d’acquérir une solide culture tactique. Mais l’actuel défenseur d’Évian a vécu une des périodes les plus noires de l’Histoire du club sur le plan sportif, malgré un premier titre (une Coupe du Danemark en 2008). Il disputera 93 rencontres, entre 2007 et 2011, avec l’interlude d’une première expérience à l’étranger sous forme de prêt, à Fredrikstad, dans le championnat norvégien.

Son profil offensif - neuf buts inscrits durant ce début de carrière dans son club formateur - ne laisse pas insensible le Benfica Lisbonne. Après des mois de tractations, l’écurie portugaise l’attire à l’été 2011. Wass fait le grand saut en paraphant un bail de cinq années, mais l’expérience tourne court. Deux petits mois plus tard, alors que le défenseur n’a pas disputé un seul match officiel sous ses nouvelles couleurs, les dirigeants du club lisboète proposent au Danois une nouvelle porte de sortie, sous forme de prêt, encore. L’annonce est rêche. Nouveau départ. Et direction l’Évian Thonon-Gaillard pour ce qui sera un mal pour un bien. En Haute-Savoie, le Danois découvre un environnement propice à son épanouissement. Le chapitre est ouvert.

Son premier entraîneur à l’ETG, Bernard Casoni, a pourtant patienté avant de le lancer dans le grand bain. Brice Dja-Djédjé, latéral droit convaincant aujourd’hui à l’OM, fut son concurrent de choix, mais une fois de plus, la polyvalence du jeune homme va le propulser dans le onze de départ, au poste de milieu droit, où sa capacité de percussion est remarquable. Son impact offensif ne se fait pas attendre, le Danois délivre ses premières offrandes et trouve le chemin des filets dès sa première saison. Une année pleine, même si le remplacement de Casoni par Pablo Correa, au cœur de l’hiver, le fait basculer sur le flanc gauche et le condamne à un petit aller-retour en équipe B. L’été suivant, Wass s’engage quatre ans à Évian et se libère de son contrat au Benfica. Pascal Dupraz l’intègre dans son onze et bonifie sa polyvalence. L’ETG décroche son maintien dans la difficulté, mais s’offre une finale de Coupe de France, perdue contre Bordeaux (3-2).

Un couteau suisse

On l’aura compris, la polyvalence, justement, est l’atout premier de ce joueur généreux. Cette caractéristique revient systématiquement sur la table depuis le début de sa carrière. Repositionné latéral droit après sa formation, le Danois peut évoluer sur le flanc gauche de la défense, mais aussi au milieu, à droite donc, ou même dans un rôle plus axial. Les couteaux suisses sont une aubaine pour les techniciens dans les groupes restreints des compétitions officielles. Par opposition, les joueurs s’appuyant sur quelques points forts dans un registre beaucoup plus étroit peinent à percer. Mais que l’on ne s’y trompe pas, Wass n’est pas de cette espèce des polyvalents qui jouent partout, mais n’excellent nulle part...

L’international Danois (dix sélections) peut se targuer d’avoir un profil complet, mais son atout premier reste son volume de jeu. Dans le foot moderne, les quatre postes des côtés ont subi une énorme mutation. Ils requièrent une dimension plus physique que jamais. Un défenseur latéral a un rôle notable dans l’animation offensive, et un ailier a le devoir de faire sa part du job défensif. Wass symbolise ce portrait-robot. Le Danois combine rigueur défensive et impact offensif, dans n’importe quelle position sur des deux flancs. Sa faculté à multiplier les allers-retours est précieuse, elle attribue une verticalité au jeu de l’ETG. Généreux, donc, mais pas seulement. Wass dispose aussi d’une technique en mouvement très propre et d’une intelligence tactique remarquable dans le jeu sans ballon. Sa qualité d’appel dans la profondeur lui permet fréquemment de se trouver en position de finisseur, y compris lorsqu’il débute un match comme "défenseur", ou de plonger sur l'extérieur pour amorcer un centre enroulé.

Deux buts inscrits cette saison illustrent cette aptitude à avaler les espaces. À l’automne dernier, contre Monaco - une rencontre qu’Évian a étonnement dominé de la tête et des épaules - Wass avait ouvert le score sur un modèle d’attaque rapide et une conclusion limpide. Une semaine plus tôt, face à Toulouse, le Danois avait déjà frappé, de la tête cette fois-ci, en coupant parfaitement la trajectoire d’un tir dévissé de Sabaly. Et puis le polyvalent défenseur peut également débloquer une rencontre sur coup franc. Contre Montpellier, pour prendre un exemple "made in Ligue 1", il s’était illustré dans cet art en déposant un tir fouetté dans la lucarne de Jourdren.

Les chiffres sont évocateurs. Le défenseur de l’ETG a inscrit trois buts (cinq toutes compétitions confondues) et délivré trois passes décisives pendant l’exercice actuel. Il fait également partie de cette catégorie de privilégiés ayant participé aux vingt-six matches de la saison. Mais ce statut est renforcé, aussi, par l'imminence de son départ. Tempérament déterminé, le blondinet de l’ETG a clairement affiché ses aspirations cet hiver. L’OM l’avait ciblé, il aurait pu quitter son cocon dès le mois de janvier. Un autre grand saut attend donc l’international Danois après une ultime mission maintien cette année. Son dernier col en Haute-Savoie. Car l'avenir de Daniel Wass semble tracé, et on l'imagine mal opter pour une mauvaise destination. Ce serait un comble, pour un joueur qui peut jouer partout...