Auxerre, portrait de l'international Espoir Axel Ngando

Le milieu international Espoir, Axel Ngando, s’est affirmé cette saison à Auxerre. Gros plan sur cette jeune pépite à la carrière déjà bien remplie.

L’été dernier, une brise de renouveau a soufflé sur le foot français au bout d’une nuit stambouliote féérique pour une joyeuse bande de surdoués. L’Histoire se nourrit de ces soirées spéciales aux effluves savoureuses qui remplissent la boîte à souvenirs. C’était un 13 juillet. Une date qui sonne bien. L’équipe de France U20 avait été sacrée Championne du monde, et Axel Ngando Elessa faisait partie de la photo. Quelques uns de ses camarades de jeu à forte notoriété - les Pogba, Kondogbia, Thauvin, Zouma ou Sanogo - simplement heureux d’être là, avaient fait tomber le masque pour immortaliser l’instant.

Ngando, lui, avait même trouvé le chemin des filets dans une séance de tirs aux buts fatidique et décisive, au terme d’un rapport de force interminable et harassant. Un mois et demi plus tard, lorsque cette jeune pousse, fraîchement auréolée d’un titre mondial, a débarqué sur les bords de l’Yonne, le refrain était tout trouvé, "un Champion du monde à Auxerre". Prêté à l’AJA par le Stade Rennais, son club formateur, ce polyvalent milieu de terrain est déterminé à passer la vitesse supérieure dans sa jeune carrière prometteuse. Gros plan sur le petit esthète d’une génération exceptionnelle.

La lumière aveuglante de la Juve

Natif d’Asnières-sur-Seine, en banlieue parisienne, Axel Ngando a chopé le virus du foot très tôt. Son père avait évolué au niveau amateur, en Division d’Honneur, et son oncle, surtout, n’est autre que Patrick MBoma, l’ancien international Camerounais qui a marqué l’Histoire des Lions Indomptables. Pendant son enfance, Ngando a écumé quelques clubs locaux, à Courdimanche, Méry-sur-Oise, et Saint-Ouen-l’Aumône. C’est avec cette équipe, lors d’une participation à la Coupe nationale des Benjamins, qu’il s'est fait repérer par le Paris Saint-Germain. En 2005, il rejoint donc le centre de formation du club de la capitale avec le rêve de suivre les traces de son oncle. Mais une proposition de Rennes, deux ans plus tard, le pousse à faire le grand saut. C’est à ça, aussi, que se résume la construction d’une carrière. Les conseils d’un entourage imprégné par les coutumes du milieu constituent une base précieuse. Le reste, c’est une question de maturité.

Depuis ses débuts dans le football, Axel Ngando est particulièrement alerte et méthodique. Reculer pour mieux sauter, le jeune homme sait faire. C’est même devenu l’histoire de sa jeune carrière, pour l’instant. Son air de poupon cache une détermination à toute épreuve et des idées claires. En intégrant le Stade Rennais, d’abord, il avait tourné le dos au Paris Saint-Germain, préférant opter pour la réputation d’une référence dans les académies du pays, plutôt que le nom clinquant d’un club phare. Son aisance technique et sa vista lui permettent de faire ses classes dans les catégories de jeunes du club breton, où il obtient même la distinction de meilleur joueur du centre de formation. L’ascension ne passe pas inaperçue, et la grande Juventus lui propose un contrat professionnel. Un filet de lumière aveuglant que le milieu offensif refuse, encore une fois.

Il choisira celle des projecteurs de Ligue 1 avec le Stade Rennais et ses débuts idylliques le conforteront dans cette option. Magnéto. Lorient. Février 2013. Rennes est mené au score dans le derby breton contre les Merlus de Christian Gourcuff. Frédéric Antonetti fait entrer sa pépite pour remplacer Romain Alessandrini à la 90ème minute. Quelques secondes plus tard, sur une mauvaise relance de la défense locale, Ngando surgit pour placer un plat du pied imparable. Égalisation. Premier ballon. Premier but. Pas mal pour un premier match... Cette soirée inoubliable a logiquement renforcé la notoriété de l’espoir rennais, mais elle n’a pas garanti son avenir dans la jungle d’une concurrence intense. Après quatre apparitions pour terminer la saison et un été mouvementé pour le club breton - Philippe Montanier a succédé à Frédéric Antonetti sur le banc - le milieu offensif a senti un souffle de défiance. C’était l’heure du changement de cap. Direction Auxerre, autre pôle de formation réputé à l’atmosphère paisible, avec un prêt d’un an pour accumuler un temps de jeu vital à ce stade de carrière.

Une griffe de gaucher

Dans l’Yonne, le Champion du monde U20 a pris la température, sereinement, pendant quelques semaines, avant de plonger dans le grand bain au début de l’automne. Il a aussi retrouvé un autre Bleuet coté, Paul-Georges Ntep, petit prodige maison dont le coup de rein dévastateur a enchanté les ultimes fidèles pointilleux d’un club tombé dans les abîmes. Les deux cracks ont affiché une belle connivence technique sur le terrain, et une complicité évidente en dehors. Ntep, parti à Rennes cet hiver, a enflammé ces spectateurs avides d’artistes par ses changements de rythme et ses coups de butoir, là où son camarade a séduit les travées clairsemées de l’Abbé-Deschamps par son style immédiatement discernable.

Le jeune français a effectivement quelques belles cordes à son arc. Il peut évoluer dans une position de milieu relayeur, un poste qu’il occupe actuellement dans le système de Bernard Casoni, mais il a clairement l’allure d’un meneur de jeu, la griffe du pur 10. Sa faculté à naviguer entre les lignes pour aimanter le jeu est visible au premier coup d’œil. Son allure aussi : racée, élégante, visuellement esthétique. Tête levée, œil vif, facile dans ses choix, subtil dans son toucher, ce garçon clairvoyant sent le jeu. Ses passes sont franches et assurées. Sa conduite de balle, extérieur pied gauche, image le charme singulier et raffiné des gauchers. Et son jeu est épuré, malgré une aisance palpable dans le dribble, une arme qu’il n’utilise qu’en dernier recours. L’international Espoir, si fluide dans son expression, a toutes les caractéristiques séduisantes d’un gaucher à vocation offensive, mais il est encore perfectible dans la finition et l’impact physique. Le manque de bouteille, comme on dit...

Le retour au bercail est prévu

Dès l’été prochain, ce petit maître à jouer pourrait retrouver son compère Ntep à Rennes. Son prêt à Auxerre restera une franche réussite, mais l’AJA actuelle n’a pas les moyens de conserver une pépite pour laquelle elle ne peut lever d’option d’achat. Son agente, Jennifer Mendelewitsch, nous a confirmé cette situation. "Son prêt se termine à la fin de la saison, et il est sous contrat jusqu’en 2016 avec le Stade Rennais. Pour l’instant il n’y a pas d’évolution de ce côté-là", a t-elle souligné. "La situation financière de l’AJA n’est pas florissante. Ce fut déjà un peu compliqué sur le plan économique pour que l’opération de prêt se fasse. Aujourd’hui je ne pense pas que l’AJA puisse prendre en charge un salaire comme celui d’Axel. Il est très bien intégré et sa relation avec le coach le satisfait pleinement, mais il n’y a pas eu de discussion pour l’instant. Il est parfaitement bien à l’AJA mais dans le cadre de son prêt."

Le retour au bercail devra toutefois permettre au jeune homme de jouer, le critère primordial, évidemment. Jennifer Mendelewitsch toujours, pour Goal.com.  "Le joueur n’est pas libre, s’il devait y avoir un départ ce serait en plein accord avec le club. Il a eu très peu de rapports avec Philippe Montanier puisqu’il est parti à Auxerre lorsqu’il est arrivé. Il l’a connu quelques semaines à l’entraînement. Ça peut évoluer, si le Stade Rennais décide de lui faire confiance l’année prochaine, ça pourrait être à leur avantage aussi de valoriser un jeune du centre de formation. Pour l’instant, c’est un peu prématuré." Le champion du monde U20 doit donc écrire le prochain chapitre de sa carrière. La page d’Auxerre doit se tourner. Celle de Rennes s’était écrite en pointillés, mais elle a pris de l’épaisseur. Et si la suite de l’histoire doit se dessiner ailleurs, Axel Ngando devrait avoir l’embarras de choix. Il y a tout juste un an, il ne connaissait pas la Ligue 1. Mais la Ligue 1, elle, le connait déjà très bien...