EdF - Un navire sans capitaine

Alors que l'équipe de France dispute vendredi un match amical contre l'Australie avant la Finlande et les matchs de barrages, les Bleus cherchent toujours leur vrai leader.

Il y a un proverbe qui dit que les porteurs d’‘eau savent aussi gérer les puits. En équipe de France, l’adage perd de son sens. Niveau leadership, le groupe ne se suffit pas à lui même. A rien ne sert de se «mentir» plus longtemps, d’ailleurs tout le monde l’a compris il y a un moment déjà, l’exemplarité sportive d’Hugo Lloris ne suffit pas à faire de lui un capitaine digne de ce nom. Comprenez bien, la récente bévue du portier de Tottenham en Biélorussie n’a strictement rien à voir avec ce constat. Le niveau et les performances d’Hugo Lloris sont à l’origine de son brassard, cela ne s’explique d’ailleurs uniquement que par cela, et c’est léger. Puisque les instances dirigeantes n’ont pas jugé utile de renouveler totalement l’équipage après le raz de marée de Knysna en 2010, il est désormais impératif de garder le cap fixé depuis l’arrivée de Deschamps. Peut être insufflera -t-il à cette génération perdue la genèse des victoires tricolores afin qu’elle mette les voiles droit devant et qu’elle ne chavire pas de nouveau.

Les leçons du passé

Quand le présent ne nous plait pas et que l’on n’entrevoit guère qu’un futur tout aussi déplaisant, on fait volte face vers le passé pour se remémorer les bases des succès d’hier. Parmi elles, le capitanat en est une, peut être trop sous estimée. Et si l’on dresse la liste des capitaines emblématiques qui ont fait la réussite des Bleus, on s’aperçoit vite que l’ex lyonnais est un point de rupture avec l’histoire, comme le fut juste avant lui Patrice Evra. Michel Platini, capitaine en 1982 pour la quatrième place au Mondial espagnol, en 84 pour le sacre de champions d’Europe et en 86 pour la troisième place de la Coupe du monde, était un leader dans le vestiaire et sur le terrain. Le constat est le même pour Didier Deschamps, véritable métronome de l’équipe championne du monde 1998 et d’Europe deux ans plus tard, leader d’hommes et général de ses troupes au milieu de terrain. Que dire de Zinédine Zidane, monstre de technique au charisme hors norme, rien de plus que cela: le meneur de jeu était un capitaine en puissance. Comme l’étaient Luis Fernandez, Marcel Dessailly, Patrick Vieira, Thierry Henry... Tous avaient l’exemplarité sportive et la capacité à fédérer, à rassembler et à unifier qu’ils affirmaient et exerçaient chacun à leurs manières. Sans jamais faire offense à Hugo Lloris, qui est un élément indispensable à l’équipe de France, il n’est pas de la trempe des capitaines précités.

L’expérience et la gagne

Autre condition sine qua non; l’expérience du très haut niveau et, à fortiori, de la victoire à très haut niveau, qui légitime les prises de parole et les consignes pour atteindre le but fixé. Faut-il réellement procéder par élimination ? Il ne sont pas 36 à regrouper les qualités qu’on impute à un capitaine. Franck Ribéry, qui attend de recevoir l’ultime récompense individuelle pour un joueur, Patrice Evra, qui a connu toutes les gloires aux côté de Sir Alex Ferguson, Eric Abidal... Il y a si peu à dire sur les deux premiers, et tant à raconter sur le dernier cité. Il n’est plus question de confier le brassard à Patrice Evra qui sera inévitablement et pour le reste de sa carrière en bleu associé au naufrage de 2010, sans en être le premier et seul responsable, précisons-le. Ribéry est incontestablement le leader technique de cette équipe, mais, à l’instar de Lloris, il n’est à créditer que de cela. Finalement, Eric Abidal, capitaine à Monaco, est le candidat tout désigné, non ? Lui aussi a tout connu et tout gagné en club avec l’équipe de Barcelone, dont une grande majorité était prêt à reconnaitre qu’elle était la meilleure de tous les temps. Il était aussi de la finale en 2006 et n’est-il pas, avec ses 63 sélections, le joueur le plus capé et le plus expérimenté de ce groupe ?

Un symbole de renaissance

La terrible maladie qui l’a éloigné des terrains pendant de longs mois, sa greffe du foie, son courage, son abnégation et la force de caractère dont il a fait preuve font un parallèle de circonstance avec la traversée du désert de l’équipe de France. Les supporters, tout autant que les joueurs, sont admiratifs du parcours et de la renaissance d’Eric Abidal. Le voilà peut être, celui qui peut fédérer tout ce petit monde autour d’un seul et même objectif. Evidemment, tout n’est pas rose chez l’ex-barcelonais qui fait aussi partie des grévistes d’Afrique du Sud, à la différence qu’il avait carrément refuser de jouer le dernier match contre le pays hôte. Un comportement tout aussi inexcusable qu’il justifiait mardi dernier des les colonnes de France Football: «C’est ce que l’on appelle le respect de l’équipe (...) Il faut avoir le courage de dire non, c’est tout. Quand on est pas à 100% impliqué, dans un sport collectif, il ne faut pas y aller car mieux vaut ne pas pénaliser le groupe ». Certaines sources diront autre chose. Peu importe, l’heure n’est plus à ressasser. Le défenseur central assume et si on le suit et qu’il est là, c’est que le Monégasque est de retour au plus haut niveau et totalement concerné, ce dont on doute de certains. Un miraculé, voilà comment on peut qualifier Eric Abidal, qui a su trouver dans l’ «essentiel» la bouée qui l’a sauvé des eaux les plus troubles. Pour voir le navire Bleu jeter l’ancre au Brésil l’été prochain il faut quelqu’un qui tienne fort la barre. Ne serait-il pas ce capitaine qui permettra aux Bleus de refaire surface ?