L'Edito de Julien Laurens: Nasri, un cas à part

Julien Laurens, notre éditorialiste pendant l'Euro, revient sur Samir Nasri et son comportement dans le groupe français.
 Julien Laurens
 Euro 2012 Editorialiste
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Samir Nasri a donc quitté l'Euro 2012 samedi sur un ultime faux pas. Le match face à l'Espagne était terminé depuis un peu plus d'une demie heure quand le milieu de terrain de Manchester City a insulté un journaliste français qui lui demandait une réaction en zone mixte. On pourra avancer que Nasri a été provoqué puisque le reporter lui a lancé un «casse toi» tout aussi inutile. Mais la réponse cinglante du joueur a été honteuse et totalement disproportionnée: «Vas te faire enculer», «fils de pute», «je te nique ta mère» sont notamment les mots sortis de sa bouche. Il a aussi proposé au journaliste d'aller régler leur différent (?) par la bagarre. Juste par curiosité, j'aurais voulu voir qui aurait gagné. Mais ce nouvel incident impliquant Nasri est un problème de plus pour un joueur qui a plus souvent défrayé la chronique hors que sur les terrains. Pendant cet Euro, l'ancien marseillais s'est plus signalé par son comportement et ses attitudes irrespectueux que par ses performances dans le jeu. Certes, il a marqué face à l'Angleterre un but important mais pour le reste, il a été inefficace, lent, gardant trop le ballon et ralentissant trop le jeu. Mais ce que tout le monde retiendra de lui, ce sont ses écarts de conduite. Pour célébrer son but contre les Anglais, il s'adresse aux journalistes du journal «L'Equipe» et leur lance un «Ferme ta gueule» qui fait beaucoup de bruit. Il leur reproche de l'avoir beaucoup trop critiqué avant le début de l'Euro. Surtout, son comportement hautain et manipulateur au sein du groupe, a tellement agacé ses partenaires qu'après la rencontre face à la Suède mardi, ils le lui balancent au visage: Karim Benzema, Alou Diarra, Hatem Ben Arfa entres autres n'ont que des critiques et des reproches pour lui. Le ton est monté, les insultes ont fusé.

Nasri est-il ingérable ? Tout semble le montrer. Il a connu des problèmes partout où il est passé. A Marseille qui est pourtant le club de son coeur où ça avait parmis d'autre chauffé avec Franck Ribéry, à Arsenal bien sûr où il a eu des altercations avec William Gallas notamment et d'où il est parti d'une manière peu élégante et enfin en équipe de France aussi où de Thierry Henry à William Gallas (encore) en passant par Alou Diarra, il a trop souvent eu un comportement inadmissible. Tout ça fait vraiment beaucoup.

Pendant cet Euro, l'équipe de France a souffert de la personnalité de Nasri. Le Mancunien a voulu s'y imposer comme le patron, comme un leader, manipulant les uns et les autres, s'adjugeant des privilèges et n'en faisant qu'à sa tête. Initialement pas choisi par le reste du groupe pour négocier les primes de résultats avec Noël Le Graet, le président de la fédération française, il s'impose de lui-même parmi les joueurs qui discutent avec le dirigeant. Sur le terrain, il a agi de la même manière avec ses coéquipiers. Il a voulu les dominer, les rabaisser quand il le pouvait, soit par les mots, soit par les regards. Un joueur me racontait samedi soir après le match que le groupe l'avait rejetté tellement il n'en pouvait plus de lui. D'ailleurs, comme un symbole, c'est Nasri qui a quitté le premier le vestiaire après la défaite face à l'Espagne. Il n'a rien dit à personne et s'est enfui...

Pendant cet Euro, Laurent Blanc a souffert de Nasri. Le sélectionneur lui a fait confiance, l'a soutenu, l'a encouragé et il a non seulement été récompensé par des prestations médiocres mais aussi par un «ferme ta gueule» et «un fils de pute...» aux journalistes. Blanc a voulu faire de Nasri son leader technique. Il s'est trompé. Il a voulu faire de lui l'un des patrons du vestiaire. Il s'est trompé. Sa confiance aveugle envers le Mancunien l'a mené trop loin. Après avoir pris la bonne décision de l'écarter de l'équipe de départ face à l'Espagne samedi, il l'a fait entrer en jeu après seulement une heure de jeu. Ce n'est pas le message que les autres joueurs attendaient, ni les supporters, ni les journalistes, ni les dirigeants du football français. Et là encore Blanc s'est trompé. Sauf que dans sa chute et son comportement intolérable, Nasri est en train d'emmener Blanc avec lui. La foi de l'entraîneur envers son joueur pourrait désormais lui coûter très cher au moment de rencontrer Le Graet pour discuter d'une renégociation de contrat. Blanc est aujourd'hui au chômage puisque son contrat avec l'équipe de France s'est arrêté samedi soir. Dans les discussions, son entêtement à faire jouer Nasri et à le défendre (comme après son premier dérapage après France - Angleterre) pourrait bien compter.

Finalement, le plus dommage, c'est que Samir Nasri possède un fantastique talent. Il l'a démontré depuis le début de sa carrière. Même s'ils le détestent aujourd'hui, les supporters d'Arsenal n'ont pas oublié son magnifique doublé face à Fulham par exemple. Tout au cours de sa carrière, il a produit des actions de grande classe. Et même s'il a souvent manqué de régularité au plus haut niveau, il n'a que 25 ans et est encore très perfectible. Mais qu'en est-il de son avenir aujourd'hui? La rebéllion des joueurs de l'équipe de France à son égard et ses violents écarts de conduite ne prédisent rien de bon pour lui. Que Laurent Blanc reste en poste ou pas, le futur de Nasri en Bleu s'inscrit en pointillé. Des rumeurs disent aussi que Manchester City cherche à le vendre. L'été pourrait donc être très long pour lui.


Juste après le match de l'Angleterre, Nasri m'avait confié en zone mixte: «Attendons la fin de l'Euro pour faire un bilan plutôt que de critiquer les joueurs dès le début de la compétition.» Maintenant que la France est éliminée, il est temps de le faire, Samir. Et qu'en ressort-il de ce bilan ? Tu n'as marqué qu'un but en quatre matchs et tu n'as pas répondu aux attentes de Laurent Blanc qui voulait que tu sois son leader technique sur la pelouse. Surtout, une fois encore, tu as posé des problèmes dans un groupe, que tes coéquipiers se sont plaints de ton comportement, que tu as encore dérapé, cette fois avec les journalistes. Il n'y a aucun doute que le bilan est aujourd'hui beaucoup trop négatif.