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PSG, Ibrahimovic, enfin la bonne année en C1 ?


GOALAUTEUR : Jean-Charles DANREE     Suivez-le sur twitter

Lorsque Zlatan Ibrahimovic a débarqué à Paris, un jour d'été, sur une place du Trocadéro bondée, il a instantanément bousculé le paysage de la Ligue 1. En France, l'histoire semblait écrite d'avance, sa réussite était une évidence, il ne pouvait pas en être autrement, sur tous les plans, médiatiques et sportifs. Parce que le géant suédois incarne la star sous tous ses aspects, déjà. Un crack pas comme les autres, appartenant à cette caste des personnages fantasques à l’expression et à la rhétorique si singulières. Mais aussi et surtout parce que ses prouesses hebdomadaires nourrissent le chapitre d’une nouvelle ère. C’est l’autre facette du magicien, celle du rectangle vert. Plus innovante. Plus séduisante. La facette de l’esthète.

Le cliché du moment, un poil réducteur mais pas si erroné, c'est un adulte qui traîne ses guêtres dans une cour d’école pour se divertir avec une horde d’enfants. Ibrahimovic est la personnification du projet parisien : le Suédois ne domine pas la Ligue 1, il la pulvérise. Et il se bonifie avec le poids des années comme un bon vin, mais cette logique a globalement accompagné une carrière riche de multiples succès dans ses joutes domestiques, des Pays-Bas, sa première terre d’adoption, à l’Italie, son deuxième pays. En affichant ce rythme infernal sur la scène européenne, Ibra obtiendrait aujourd’hui un zeste de reconnaissance supplémentaire pour entrer, justement, dans la cour des plus grands. Définitivement.

Relatons le passé européen de la star - un passif même, pour ses détracteurs - afin d'entrer dans le vif du sujet. Si Ibrahimovic n’est pas considéré comme une pointure de la Ligue des champions, c'est parce qu’il ne parvient pas à jouer la même partition dans les matches couperets, ceux de la deuxième phase de la C1, la phase éliminatoire. C’est pourtant au printemps que la prestigieuse Coupe aux grandes oreilles met en scène les poids lourds du Vieux Continent, et ces batailles sont une ode au foot de très haut niveau. Zlatan appartient à ce gratin, mais il n'affiche pas les mêmes garanties que Cristiano Ronaldo, Lionel Messi ou d’autres cracks contemporains d’une dimension comparable. Ses concurrents ont d’ailleurs soulevé le prestigieux trophée, là où cet immense joueur estampillé "championnat", sacré quasiment tous les ans depuis une décennie, n’a jamais inscrit son nom dans le panthéon.

Le plus fort avec les faibles

Quelques stats éloquentes soulignent ses limites dans les rapports de force plus élevés. Ibra, c’est 34 buts en 70 matches de phase de groupes, mais la star du PSG n’a trouvé le chemin des filets qu’à 7 reprises en 31 apparitions dans des matches de phase éliminatoire. De 0,48 but par match au premier tour, son ratio se divise par plus de deux (0,22) à partir des Huitièmes de finale. Et sur ces 7 réalisations dans des matches couperets, la difficulté du Suédois à briller dans le contexte d’un enjeu important est certifiée par le fait qu’il ait inscrit 4 buts au stade des Huitièmes, et 3 en Quarts, mais pas un seul en Demi... Dans le parcours d’un champion de cette trempe, ces chiffres ont une raisonnance forte, ils constituent une imperfection majeure et alimentent le débat sur son réel niveau. L'intéressé se plait à rappeler que le Brésilien Ronaldo, l’une de ses deux idoles avec Zinédine Zidane, n’a jamais été sacré en Ligue des champions, mais la réalité, c'est que son ambition non-avouée plane comme un spectre dans l’horizon de sa brillantissime fin de carrière.

Ibrahimovic est fort avec les faibles, c’est un fait, et cette habitude découle sûrement de son tempérament. Affirmer qu’il soit faible avec les forts est un peu facile et n’a rien d’une vérité absolue, mais dans l’intensité d’un duel contre des cadors de son calibre, l’attaquant suédois affiche une crispation qui ne lui ressemble pas. Personne n’a oublié l’élimination du PSG contre Barcelone, la saison dernière. D’abord parce que Paris n’a pas perdu un match dans sa double-confrontation (1-1 au Parc des Princes, 2-2 au Camp Nou), et surtout parce que les Blaugrana, étrillés en Demi par le Bayern (4-0, 0-3), n’ont jamais semblés aussi prenables. Ibra a symbolisé cette étrange impression, il fut un paradoxe à lui seul. Décisif sur les trois buts parisiens de ces deux matches (une réalisation et deux offrandes pour Matuidi et Pastore), le Suédois a fait le métier, statistiquement, mais il n’a jamais laissé transparaitre cette aisance saillante dans sa gestuelle et cette impertinence naturelle dans son attitude, si propres à définir son personnage. Il troque un autre costume. Moins instinctif, plus combatif. Travailleur et passeur, plus que tueur.

Changement de costume

Tactiquement, également, ce constat n’a rien d’illogique, il prend en compte le contraste des deux types de défis proposés. En dehors de l’Ajax, Ibrahimovic a toujours fréquenté des écuries très cotées, le premier tour de la compétition s’apparente à un long fleuve tranquille depuis le début de sa carrière. Son profil technique se fond à la perfection dans l’animation d’une équipe imposant sa maîtrise collective de façon écrasante, malgré son échec relatif à Barcelone... Quelque part, les matches déséquilibrés semblent taillés pour sa virtuosité, là où les chocs indécis viennent rappeler ses caractéristiques intrinsèques de pivot. Ce n’est pas une tare, mais c'est un peu moins glamour, et cela change l’impression visuelle. L’artiste enfile le bleu de chauffe.

Finalement, Zlatan Ibrahimovic ne doit-il pas explorer cette voie pour parvenir à ses fins dans la jungle de la C1 ? Quelques chiffres récents viennent atténuer le bilan blâmable du Suédois. Sa trajectoire est porteuse d’espoir. L'attaquant du PSG a inscrit dix buts lors de ses cinq derniers matches de Ligue des champions, dont 8 en première période. Il talonne le stratosphérique Cristiano Ronaldo au classement de l'édition actuelle, et il est également le deuxième joueur à atteindre la barre des 10 buts dans la compétition avec un club français, après l’illustre Just Fontaine, avec Reims, il y a 55 ans. Son ambition personnelle est donc étroitement liée à celle du projet parisien. C’est un risque mutuel, puisque les deux clubs de Milan, par le passé, ont souffert de leur Ibra-dépendance dans la dernière ligne droite de la compétition. Et c’est le rêve commun, surtout, du joueur et de l’équipe du moment. L’histoire d’une dernière croisade, la plus belle de toutes. Mais celle-ci reste à écrire.

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