Le match décisif de Belfast, prévu le 4 décembre à Windsor Park, connaît toutefois un rebondissement inattendu : l’arbitre désigné, le Hongrois István Zsolt, est bloqué par le brouillard à Londres et ne parvient pas à rejoindre le stade. Afin de ne pas reporter la rencontre, les équipes entrent tout de même sur le terrain sous la direction d’un arbitre local. La rencontre est ainsi officiellement transformée en match amical. En réalité, ce match n’aura que très peu de choses d’un match amical et restera dans l’histoire comme la « Bataille de Belfast » en raison de la dureté des tacles et de l’hostilité d’une partie du public nord-irlandais.
Cette fois-ci, Foni trouve la bonne composition de départ, renforçant la défense avec Corradi et surtout avec Rino Ferrario, le stoppeur de la Juventus surnommé « Mobilia » et passé à l’histoire comme « le Lion de Belfast » pour la résistance physique dont il a fait preuve lors de ce match et pour avoir également fait face à une invasion de terrain.
L’Italie prend l’avantage grâce à Ghiggia, mais Cush égalise immédiatement. En deuxième mi-temps, Montuori marque le 2-1 sur une passe décisive de Schiaffino, puis Cush fixe à nouveau le score à 2-2. Les Azzurri frôlent la victoire en fin de match avec un poteau retentissant de Bean, tandis que le commentaire radio de Nicolò Carosio rend compte d’un match extrêmement dur, presque hors de contrôle.
« Ils frappent nos joueurs », déclare en direct la célèbre voix du football italien.
Seuls Ferrario et Chiappella ripostent coup pour coup aux adversaires nord-irlandais.
« L’ambiance était survoltée, se souviendra Chiappella. J’ai moi-même été expulsé tandis que les Irlandais s’en prenaient au gardien Bugatti. Bean a touché un poteau, nous aurions pu gagner. Mais le match ne comptait pas pour la qualification et ce fut un match nul inutile. »
Le score final de 2-2, bien que sans valeur officielle, montre toutefois une équipe nationale vivante et compétitive. Si le match officiel avait eu lieu, ce match nul aurait qualifié l’Italie, étant donné que quelques jours plus tard, les Azzurri s’imposèrent avec autorité face au Portugal à San Siro (3-0 sous la brume, avec un doublé de Gratton et un but de Pivatelli).
Le classement du groupe 8 est désormais le suivant : l’Italie en tête avec 4 points, suivie de l’Irlande du Nord et du Portugal (déjà éliminé) avec 3 points. Malgré l’avantage de disposer de deux résultats sur trois possibles, Foni doit composer avec des absences très lourdes – Gratton, Cervato et Chiappella – et avec un environnement ouvertement hostile. De plus, les bagarres et le climat hostile qui ont marqué le premier match à Belfast pèseront comme un fardeau sur la rencontre décisive du 15 janvier 1958.
Accusé de défensivisme, le sélectionneur opte pour des choix courageux et risqués : il aligne deux joueursde l’Inter, Vincenzi et le débutant Invernizzi, et, indifférent au climat hivernal rigoureux de l’Irlande du Nord, titularise d’emblée l’Italo-Brésilien Dino Da Costa. L’attaque des Azzurri semble riche en talent mais peu adaptée à un contexte physique et climatique prohibitif. Le froid, la pluie, un terrain transformé en marécage et un arbitrage de Zsolt fortement favorable aux locaux complètent le tableau résolument défavorable à la Nazionale italienne.
Les Azzurri démarrent mal et encaissent deux buts dans la première demi-heure, signés McIlroy et Cush. En deuxième mi-temps, Da Costa relance le match en profitant d’une erreur du gardien adverse, mais l’expulsion de Ghiggia, le héros du « Maracanazo » de 1950, particulièrement pris pour cible par les adversaires, pour une faute de réaction, complique définitivement la remontée. En infériorité numérique, les Azzurri ne parviennent en effet pas à égaliser et s'inclinent 2-1.
« C'était le destin, dira Chiappella. Cervato et moi étions blessés, et j'ai dû rester à Abano pour me soigner. Le sélectionneur a dû renoncer au bloc de la Fiorentina et a appelé deux joueurs de l’Inter pour répondre physiquement aux Nord-Irlandais. En même temps, il a aligné trois attaquants, Ghiggia, Pivatelli et Da Costa, et deux milieux offensifs : Montuori et Schiaffino. Des joueurs talentueux, mais peu adaptés et trop fragiles pour ce climat ».
C'est ainsi que se joue la « défaite de Belfast » : l'Italie, double championne du monde, est éliminée pour la première fois de la phase finale d'une Coupe du monde, elle verra à la télévision le Brésil de la star montante Pelé remporter sa première Coupe du monde et vivra l'un des moments les plus amers de son histoire footballistique. C'est en revanche l'Irlande du Nord qui fait la fête, se qualifiant exceptionnellement pour la Suède aux côtés de toutes les autres équipes britanniques.
LE RÉSUMÉ
Belfast (Windsor Park), 15 janvier 1958, 14 h 15
IRLANDE DU NORD - ITALIE 2-1
Buteurs : 13’ McIlroy (IR), 28’ Cush (IR), 56’ Da Costa (IT).
IRLANDE DU NORD : Uprichard, Cunningham, McMichael, Danny Banchflower, Jackie Blanchflower, Peacock, Bingham, McIlroy, Simpson, Cush, McParland. Entraîneur : P.D. Doherty.
ITALIE : Bugatti (Naples), Vincenzi (Inter), Corradi (Juventus), Invernizzi (Inter), Ferrario (Juventus), Segato (Fiorentina), Ghiggia (Rome), Schiaffino (Milan), Pivatelli (Bologne), Montuori (Fiorentina), Da Costa (Rome). Commission technique de la Fédération, entraîneur : A. Foni.
Arbitre : Zsolt (Hongrie).
Spectateurs : environ 43 000
Remarques : expulsion de Ghiggia à la 68e minute