Vladimir Poutine et la Coupe du Monde : un mariage de raison ?

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Élu récemment pour un nouveau mandat, le président russe veut se servir du football pour montrer une image bienveillante et dynamique de son pays.

Quatre ans après Sotchi, la Russie s’apprête de nouveau à être sous les feux des projecteurs. Si les Jeux Olympiques d’hiver avaient été nettement critiqués pour leur coût financier faramineux (près de 37 milliards d’euros), cette fois-ci d’autres questions interpellent les observateurs avec en premier lieu la sécurité, que ce soit pour la menace terroriste ou les hooligans. Inflexible, Vladimir Poutine a les yeux rivés sur l’image que doit renvoyer son pays pour cet événement, qui sera regardé par plus de deux milliards de téléspectateurs dans le monde. "C'est avec une immense joie et un grand honneur que nous recevons les représentants de la grande famille du football", a-t-il lancé devant de nombreux journalistes et officiels réunis à Moscou. Élu le 18 mars dernier pour un quatrième mandat de rang avec 76,67% des voix, l’homme décrit comme autoritaire et sans concession en Occident souhaite se servir de la Coupe du Monde pour des lendemains plus radieux en Russie.

Peu d'attentes envers la Sbornaya

Pourtant, à la base, l’ancien agent du KGB n’éprouve pas une attirance naturelle pour ce sport, lui le judoka ceinture noir qui a une passion considérable pour le hockey sur glace, sport incontournable en Russie. Lors de l’élimination de la sélection à domicile aux JO de Sotchi en quarts de finale par la Finlande, il était apparu marqué, fulminant à l’intérieur devant ce que de nombreux Russes ont considéré comme une honte nationale. L’édition suivante, en Corée du Sud, à Pyeongchang, a aussi été vécue comme un camouflet avec l’absence d’une délégation officielle, en raison des soupçons de dopage d’état, qui perturbent le pays  et son image dans le monde du sport. Pour ce Mondial, les attentes sont beaucoup moins lourdes autour de la Sbornaya. Classée au 66e rang du classement FIFA, le pays hôte est en pleine incertitude à l’heure d’ouvrir le tournoi face à l’Arabie Saoudite. Une qualification en huitièmes de finale serait vécue presque comme une victoire finale et Vladimir Poutine ne s’attarde pas sur ce terrain-là, réservé aux joueurs de Stanislas Cherchesov.

Ce qui préoccupe principalement le chef d’État de 65 ans c’est bien la perception qu’auront les différents supporters et sélections nationales de son pays. Ces dernières années, l’image de la Russie n’a pas été à la fête, que ce soit aux États-Unis ou en Europe. La faute à des prises de position restées strictes sur certains dossiers brûlants dans le domaine géopolitique (dont la Syrie) mais aussi les affaires d’espionnage avec le Royaume-Uni. Ainsi, deux participants au Mondial n’enverront pas de représentants diplomatiques : l’Islande et l’Angleterre. Une épine dans le pied pour Poutine, mais pas encore un obstacle conséquent dans sa quête de redorer la vision de son pays à l’extérieur. L’objectif est aussi économique puisque le PIB national a été longtemps en récession. Avec l’obtention de la Coupe du Monde, la Russie a pu souffler le temps de repartir de l’avant. "C'est vraiment très sérieux. Sans le mondial, il n'y aurait actuellement pas de croissance économique en Russie", avait indiqué Arkady Dvorkovich, vice-Premier ministre. L’objectif fixé par le Kremlin est de 2% du PIB pour 2018, en espérant surfer sur la vague de la compétition pour la fin de l’année.

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Vladimir Poutine

Tolérance zéro pour les débordements

Choqué par les multiples violences à Marseille avant le match entre l’Angleterre et la Russie lors de l’Euro 2016, Vladimir Poutine a pris la question très au sérieux en demandant à son ministère de l’intérieur de régler ce problème lors de l’événement organisé sur son sol. Les études des hooligans et de leurs habitudes de regroupement et de vie ont été poussées à l’extrême par les renseignements russes et la Police, nommée Politsiya. Interpol a été sollicité à de nombreuses reprises pour surveiller les différents individus suspectés de vouloir venir en Russie pour en découdre. Dans cette perspective, un Centre de coopération international contre le hooliganisme a été inauguré lundi à Moscou. Rassemblant des forces de l’ordre venant des 32 pays qualifiés pour cette 21e édition, ce nouvel organisme vise tout simplement à éviter tous les incidents possibles, impliquant des hooligans mais aussi des supporters alcoolisés. Vladimir Poutine a notamment assisté à des exercices où des CRS  locaux tentaient de résister à des supporters violents, preuve qu’il ne veut rien laisser au hasard sur ce dossier.

Au-delà des questions géopolitiques et sécuritaires, le président de la fédération de Russie veut tordre les clichés courants envers son pays. Dans son allocution, jeudi dernier, il a tenu à démentir l’idée selon laquelle les Russes sont peu accueillants envers les étrangers. "C'est aussi l'occasion de connaître la Russie (...) son identité, sa culture, son histoire unique, sa diversité naturelle, son peuple hospitalier, sincère, amical (…) Ce sera une fête remplie de passion et d'émotions." En difficulté sur la scène internationale malgré sa souveraineté absolue sur le plan national, Vladimir Poutine cherche toujours à rendre à la Russie ses lettres de noblesse, comme si l’époque des Tsars n’était pas encore révolue.

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