ENTRETIEN - Andrei Kanchelskis : "Le football russe va de mal en pis"

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L'ex-milieu offensif de Man United a accordé une interview à Goal, dans laquelle il déplore notamment le déclin que connait le football de son pays.

La Coupe du Monde 2018 démarre demain. Pour patienter encore ces toutes dernières heures et faire honneur au pays hôte, Goal vous propose la dernière de interviews exclusives avec les anciennes stars du football russe. Après ceux d'Oleg Salenko, de Roman Pavlyuchenko, d'Oleg Romantsev, d'Igor Yanovski, de Dimitri Sychev, d'Aleksandr Mostovoi et d'Aleksandr Kerzhakov, retrouvez aujourd'hui un entretien avec Andreï Kanchelskis.

Dans les années 90, Kanchelskis était l'un des meilleurs représentants de la Russie à l'étranger. Il faisait partie de la première grande équipe de Manchester United sous la coupe de Sir Alex Ferguson. Ces déboulés sur les ailes et ses passes millimétrées ont longtemps fait chavirer Old Trafford. Pour Goal, il revient sur cette expérience anglaise, évoquant notamment sa relation avec le "King" Eric Cantona. Et, il porte aussi un regard intéressant sur l'évolution du football russe et le niveau de la Sbornaya, même si son histoire à lui avec la sélection de son pays n'a pas été très réussie.


"Après Ferguson, c'est difficile pour n'importe quel entraineur de passer par MU"


Que devenez-vous depuis votre dernière expérience comme coach ?

En ce moment je suis l'entraineur en chef de l'équipe nationale russe universitaire. Mais, dans un futur proche, j'espère pouvoir retrouver un poste au sein d'une formation professionnelle. Car les étudiants, ce ne sont pas vraiment des pros. Mais je suis toujours dans le football, je reste dans ce milieu. Et je passe ma vie entre la Russie, l'Angleterre et l'Italie, en faisant aussi un peu de TV, et de la radio. Tel est mon schéma actuellement.

Donc, il est possible qu'on vous revoie bientôt sur un banc ?

Je l'espère. On y travaille. J'aimerais reprendre du service oui. J'en ai la force, le désir et l'expérience. Mais, pour l'instant, la situation est telle qu'elle est.

Si on vous dit que vous étiez le joueur russe qui a le plus réussi à l'étranger, nous serions proches de la vérité ?

En général, c'est que tout le monde pense, dit ou écrit. Si c'est ce que les gens pensent alors tant mieux, et si d'autres pensent autrement, alors je m'en fous. Je n'attache pas vraiment beaucoup d'importance à ces jugements-là.

Quand on pense à vous, on pense surtout au joueur que vous étiez à Manchester United et à ce que vous avez réalisé là-bas, même si vous avez joué pour d'autres clubs. Quels souvenirs gardez-vous de votre expérience à MU ?

C'était quatre années très belles, très réussies. Durant cette période, j'ai remporté deux championnats d'Angleterre, une FA Cup, la Coupe de la Ligue anglaise, la Supercoupe d'Angleterre et la Coupe des Coupes. Que puis-je dire d'autre ? Les souvenirs sont très bons et je suis très heureux de mon passage là-bas.

Pour un étranger, briller et se faire une place au milieu de la "Class 92", ça n'a pas dû être facile. Avez-vous toujours eu le sentiment que Ferguson vous estimait autant que les autres ?

Durant ma carrière, j'ai eu la chance de travailler avec énormément d'entraineurs. Il y en a qui étaient bons et d'autres mauvais. Mais, il y en a deux qui sortent du lot, deux véritables références : Lobanovski et Ferguson. Sous les ordres de Lobanovski, j'ai pu évoluer pendant deux ans. Et avec lui, j'ai acquis beaucoup de connaissances. Je le considère comme l'un des tous meilleurs dans son domaine dans le monde. Et Ferguson, c'est la même chose. C'est ce que je pense quand je me remémore tout qu'il a fait à Manchester United, aux triomphes vers lesquels il a conduit son équipe. Je l'ai revu il n'y a pas si longtemps. Lors du match de championnat entre MU et Chelsea. Nous avions de très bonnes relations avec lui, car c'était un homme bon, sociable et positif. Mais, quand vous êtes entraineur, vous devez aussi être un dictateur d'une certaine manière. C'est nécessaire. Mais bon, je crois que lui était surtout un excellent coach et une très grande personne.

Parlez-nous un peu d'Eric Cantona. Aviez-vous une relation particulière avec lui ? Etiez-vous proches ? Aviez-vous autant d'affinités sur le terrain qu'en dehors ?

Les relations avec Eric étaient très bonnes et elles le sont restées. C'est un grand footballeur et un gars génial. J'ai marqué beaucoup de buts à partir de ses passes décisives, et lui aussi en a mis beaucoup à partir des miennes. Eric était un très bon joueur de foot. De manière globale, j'ai eu la chance de côtoyer de très bons footballeurs comme Schmeichel, Scholes, Keane, Robson…Tous étaient très bons. Nous nous voyons parfois, et les liens sont restés intacts.

Beaucoup de Français le considèrent comme un génie incompris. Est-ce aussi votre cas ?

Non, je ne dirais pas ça. Pour moi, c'est tout simplement une légende de Manchester et il le restera. Parce qu'il a beaucoup apporté à cette équipe et tout le monde s'en souvient. Tout le monde retient le nom d'Eric Cantona.

Le Man United d'aujourd'hui n'est pas aussi attrayant que celui de votre époque. Avec son jeu restrictif et un gout de risque très réduit, José Mourinho n'est-il pas en train de tuer l'âme de ce club ?

Je pense qu'après le départ de Ferguson, c'est difficile pour n'importe quel entraineur de travailler là-bas. Après tant de victoires, les fans se sont habitués à voir leur équipe seulement à la première place. Et puis, je pense que ça manque de bons ailiers, comme il pouvait y en avoir beaucoup dans les années 90. Ceux qui hissent le niveau d'une équipe. A cette époque, l'utilisation des couloirs était très importante, maintenant un peu moins. Dans le football européen, il y a peu de clubs qui accordent de l'importance aux flancs. Peut-être le Bayern, mais sinon je n'en vois pas d'autres. À travers les flancs, il y a tout qui se produit, les attaques rapides et les centres qui s'en suivent. Les bons ailiers, il n'y en a plus beaucoup dans le monde.

Aujourd'hui, Manchester United dépense beaucoup d'argent dans les transferts. Pensez-vous que Paul Pogba soit une erreur de casting ? 100M€ sur lui, n'est-ce pas un peu trop ?

Non, si telle est la politique qu'a décidée le club. Sous Ferguson, il n'y avait pas de tels investissements. Il était économe. Mais bon, dans le football, on voit que chaque année, il y a de plus en plus d'argent qui circule. Tout évolue. Bien sûr que c'est un peu trop. À mon gout, ça l'est. Mais vous ne pouvez pas échapper à cela : si vous voulez de bons joueurs de football, alors mettez-en le prix. Si vous ne vous en voulez, ne payez pas. C'est aussi simple que ça. 


"Des dilettantes tuent le football russe"


Parlons un peu de la Russie. Que pensez-vous de la sélection actuelle ?

Et bien, nous avons des problèmes. Malheureusement, beaucoup de dilletantes travaillent dans le football et qui tuent justement le football, année après année. Ça devient de mal en pis. Et puis nos joueurs ne jouent pratiquement plus à l'étranger comme à notre époque. Ils laissent cuire dans leur jus et ne progressent absolument pas. Et c'est pour cette raison qu'il y a tant de manquements en sélection.

Même lorsqu'on voit les talents intrinsèques, on constate qu'à votre époque, c'était beaucoup mieux…

Parce qu'il y avait encore une école de l'Union Soviétique, tout était transmis. Il y avait une idée, un système. Et puis, avec l'effondrement du bloc, tout a disparu.

Qu'est-ce qui a manqué à votre génération pour obtenir de bons résultats lors des grands tournois internationaux ?

Il me semblait qu'il y avait tous les ingrédients. Il y avait de bons joueurs, de bons entraineurs. Peut-être qu'il manquait une structure. Car c'était un peu le désordre total après la fin de l'URSS. Le pays vivait un véritable chaos, sur le plan économique notamment. Logiquement, le sport en a souffert. C'est peut-être pour ça qu'on n'a obtenu aucun grand résultat, alors que chez les jeunes on était très performants. De l'effondrement de l'URSS ont résulté les problèmes économiques et il y a aussi la criminalité qui a augmenté. Cela a inévitablement affecté le football et aussi d'autres sports.

Vous avez personnellement joué deux Championnats d'Europe, mais vous avez raté la Coupe du Monde. Et en 1994, c'était votre propre choix. Racontez-nous un peu…

On a voulu faire une révolution et ça a marché. Voilà pour faire simple….

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Il y a eu la fameuse "lettre des 14". La regrettez-vous ? Etait-ce la plus grosse erreur de votre carrière ?

Bien sûr que c'est dommageable. Mais bon, il s'avère que ça s'est passé comme ça. Maintenant, il faut regarder de l'avant. La vie continue.

Y a-t-il un joueur français dont le profil vous plait, et en lequel vous vous reconnaissez peut-être ?

Kylian Mbappé peut-être. Je l'aime bien. Je pense que son style se rapproche du mien.

Propos recueillis par Naïm Beneddra

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