Editorial - Messi, pas prophète en son pays

Après la victoire à l’arraché de l’Argentine sur le Pérou (2-1), lors des éliminatoires à la Coupe du monde 2010, la presse locale s’est acharnée sur Lionel Messi. Accusé de ne pas prendre ses responsabilités, le meilleur joueur de cette année 2009 est très critiqué dans son pays. Son immense crédit, généré par ses performances avec Barcelone, commence à s’effilocher. C’est bien connu, personne n’est prophète en son pays, pas même avec un patronyme aussi prédestiné que Messi.

Juan Manuel Vargas-Lionel Messi - Peru-Argentina
Par Hocine Harzoune

Quand on est un grand joueur de foot, on est accoutumé à vivre parmi les flatteurs, c’est une sorte d’habitat naturel, cloisonné,  où les médias tournent en rond comme des chèvres attachées à un piquet: avec interdiction de brouter au-delà la corde. Perfusés à la Cajoline, les commentaires des journalistes salissent rarement le halo immaculé de respectabilité qui entoure les stars, qui pour le coup n’ont jamais autant mérité ce sobriquet hollywoodien. Les rares critiques sont brandies comme des bâtons de guimauve dans une sorte de respect craintif et prudent, tant l’imaginaire collectif interdit toute approche un tant soit peu analytique. Mais il arrive que même ces esclaves du consensus se rebiffent, car l’avis est par nature réversible, amnésique, partiel, irréfléchi et surtout désespérément tributaire des dernières performances du joueur.

Attendu comme le Messi

Lionel Messi est en train d’en faire l’expérience. Son crime (son Némésis Cristiano Ronaldo est peu ou prou accusé du même), ne pas être capable de reproduire les mêmes performances en club qu’en sélection. Fini les phrases byzantines,  la rhétorique méandreuse, les pensums tactiques pour expliquer le hiatus entre les prestations barcelonaises et internationales du virtuose. La presse argentine
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Le nouveau Maradona ? Il n'est même plus lui-même!

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perd patience et se déchaine. Après la victoire à l’arraché de Albiceleste sur le Pérou (2-1), lors des éliminatoires à la Coupe du monde 2010, les journalistes locaux ont rangé les gants moelleux pour sortir l’artillerie lourde : «On présente Messi comme le nouveau Maradona, mais sur les derniers matchs, ce n’est même plus lui-même. » Olé. Ce n’est pas une interjection enthousiaste pour sanctionner la virulence de l’attaque, mais bien le nom du journal argentin responsable du commentaire. Même chose pour La Nacion, qui rappelle que Messi « n’a une nouvelle fois pas tout donné sous le maillot albiceleste. Léo n’a rien réussi depuis une éternité. Il a toujours une dette envers la sélection. » Clarin est plus sobre, mais pas forcément moins méchant, dressant un constat au relief tranchant et précis : «Messi continue d'être transparent avec la sélection». De Messie, Messi est passé à martyr, pire à bouc-émissaire. La frontière entre les différents statuts est ténue, et il arrive qu’on la franchisse avec une stupéfiante célérité. Deux ou trois mauvaises sorties et c’est la curée, même quand on s’appelle Leo Messi. Certains joueurs ne survivent pas à ces montagnes russes du cirque médiatique et entament ce qu’on appelle une traversée du désert, sans chameau, sans but, et avec comme seule boisson la gourde remplie du fiel de leurs contempteurs, d’aucuns n’en reviennent jamais.

Messi est évidemment plus fort mentalement, mais inutile de signaler qu’avec l’imminence et l’importance du match face à l’Uruguay, il se serait bien passé de tels aspirateurs de confiance. D’autant qu’avec Diego Maradona, le courant est devenu alternatif : " Je ne sais pas pourquoi ils ne se parlent pas, mais ils devraient crever l'abcès au lieu de s'ignorer " alerte Jorge, le père de La Pulga, 





qui relate que les deux hommes ne s’adressent plus la parole depuis une bonne semaine. Entre le meilleur joueur que l’Argentine ait jamais connu et son lointain héritier, on est plus proches de l’accident industriel que de l’entente parfaite. Mais le problème du lutin n’est pas là, «Ici c’est un pour cent de ce qu’il est au Barça. Messi ne se sent pas une star complète ici » lamente papa Messi. Véritable Roi Soleil à Barcelone (le monarque ayant régné le plus longtemps en Europe) avec un nouveau contrat incluant une clause de rescision à hauteur de 250 millions d’euros, Messi est plus proche du crépuscule des idoles dans son pays. Finalement, ce n’est peut-être qu’une question de perspective.

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