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L’aventure est finie. Le destin a guetté le perdant avec des intentions de brancardier et le vainqueur, avec des médailles. Blessure à vie, euphorie de tout un pays, la frontière était, comme toujours, ténue et le coup de sifflet final, ce couperet draconien, a tranché entre deux rêves pour n’en laisser qu’un seul.

  • Par Hocine Harzoune

L’occasion pour nous de revenir sur ce Mondial.  Avec pragmatisme, certes, mais aussi avec émerveillement, agacement, colère et joie. Le tout dans le désordre. Première constatation : c’est fini. Le Mondial est passé et il nous faut moins de temps pour le réaliser qu’à un lapin pour perpétuer son espèce… Nous avons tout de même pu glaner quelques enseignements que nous allons forcément et épisodiquement partager avec vous.

Pays-coups-bas



Première (et surtout plus récente) constatation quasiment subjective mais suffisamment prégnante pour la faire partager : les Pays-Bas ont bel et bien créé des monstres. Des Frankenstein à toison rouge mais à sang orange qui -comme dans le roman de Shelley- ont entrepris consciencieusement de détruire leurs géniteurs, lesquels les ont pourtant choyés durant les 20 dernières années à grands coups de tactique et de convictions footballistiques parfaitement assimilées. Les Bataves, eux, ont perdu bien plus qu’une finale du Mondial. Ayant consenti à chasser leur naturel joueur ou du moins à le troquer contre une caution de résultat, ils ont abdiqué deux titres dont un que l’on croyait incoerciblement attaché à eux : celui de « Beautiful loosers ». Les puristes qui pratiquent un football de rêve, mais qui en oublient de gagner. L’étiquette, trop poussiéreuse, a fini par se détacher, du moins, en partie. En effet, désormais, les Pays-Bas ne sont plus que des « loosers » avec des polaroids jaunis de 74 et de 78 et un instantané de 2010. A leur décharge, Bert Van Marwijk et ses séides ne pouvaient prédire le soudain basculement du rapport de forces entre l’attaque et la défense, les parts respectives du talent et du mental dans le foot  de haut niveau. Une donnée volage, une variable qui se constate toujours mais ne se quantifie jamais. Mais une chose est sûre : à force de sacrifice et de volonté, on arrive à tout, même à ne plus en avoir.

Des stars en forme d’étoiles filantes



L’équipe qui a joué comme la Hollande c’est l’Espagne, avec le titre en prime. Ce Mondial a d’ailleurs, à l’instar de l’Euro 2008, récompensé les équipes joueuses.  L’Allemagne, l’Uruguay, pour ne citer qu’eux. L’Allemagne surtout. Parangon de la jeunesse, elle a su faire d’une catastrophe annoncée (la blessure de Ballack) une véritable bénédiction, qui a permis l’éclosion de talents bourgeonnants et harmonieux, de belles plantes qui n’auraient pas eu la même courbe ascendante avec l’arbre centenaire du vétéran leur cachant le soleil. Mais comme toute grande bête mythologique, l’Allemagne a son point faible…. Et c’est justement sa jeunesse. Ou plutôt, le manque d’expérience (concept qu’on corrèle souvent avec la jeunesse) de ses jeunes devant la maestria espagnole. Il n’a finalement manqué qu’un petit quelque chose, comme souvent lorsque l’on condense ses vices et ses vertus.



Bref, les équipes les plus solidaires, celles qui combinaient le mieux, ont été rétribuées. Tandis que le Brésil, l’Argentine ou l’Angleterre (des nations dont les couronnes mondiales sentent la naphtaline) peinaient à fondre les Kaka, Messi et Rooney dans le moule du collectif.  Le collectif, pas un vain mot. Comme l’Allemagne de Lineker, on dira qu’il gagne toujours dans son sempiternel combat contre l’individu. Cristiano Ronaldo en sait quelque chose. Symbole de la faillite du star-system, il fait partie de ces étoiles qui s’étiolent lors des grands rendez-vous (plus dans le genre étoile filante, dirons les mauvaises langues). Les vedettes des films publicitaires spectaculaires des équipementiers ont d’ailleurs souvent joué les figurants sur le terrain, quand ils n’ont pas été forcés de cachetonner dans des vaudevilles burlesques comme le Français Ribéry ou l’Italien Cannavaro. Ce Mondial n’a pas eu de pitié pour les équipes à la préparation indigente, ou imbriquées dans d’aigres scandales. Les stages express de 15 jours ne vous servent à rien devant des formations à la culture tactique commune et possédant un vrai vécu en tant que groupe ou au sein d’un club. Rien ne sert de « vivre ensemble » ou de « mourir ensemble »(hein les Bleus !) quand on attaque à trois.

D'autres fils se laisseront tirer pour tisser des tendances d’un Mondial qui n’est peut-être, en fin de compte, pas tout à fait terminé.

 


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