thumbnail Bonjour,

Par Joseph Ebequoi

Yaya Touré, Victor Wanyama, Adel Taarabt… Le football africain produit encore et toujours des talents irrésistibles. Des « cracks », puis des moins bons et parfois des vraiment pas bons, bref il y en a pour tous les goûts. La Coupe d’Afrique des Nations est l’une des compétitions du continent permettant de mettre en exergue outre les joueurs peu connus, la situation de certains pays, les conditions de vie et les conflits qui consument ce continent. Le devant de la scène est occupé par les bruits de vuvuzelas, le rythme des tams-tams, les  incantations des marabouts. En coulisse, l’homme de l’ombre s’appelle la CAF.

La Confédération Africaine de Football, fondée en 1957 à Khartoum (Soudan) est une organisation internationale non gouvernementale dotée d’une personnalité juridique et morale. Son siège se situe au Caire (Egypte). Le président de la CAF s’appelle Issa Hayatou, camerounais, marié et père de quatre enfants. Une précision qui a le mérite d’humaniser le personnage dont on pouvait tous se passer. Cependant l’institution a jugé bon de nous la fournir, au nom de la transparence sans doute ! Ancien athlète sur 400 et 800 mètres, membre de l’équipe nationale de Basket-ball, joueur de football universitaire en somme c’était un «Diadumène» africain, un sportif polyvalent. Aujourd’hui, il est président de la CAF depuis 24 ans. Pour ceux que cela intéresse son curriculum vitae est aussi sur ledit site.

Le 3 septembre 2012, l'amendement proposé par la fédération algérienne pour l'élection à la présidence de la Confédération africaine de football a été validé aux Seychelles. Que dit donc cet amendement ? Article 18, alinéa 3 « Tout candidat aux élections à la présidence de la Confédération Africaine de Football, outre les compétences nécessaires, devra être ou avoir été membre du Comité exécutif de la CAF ». Ce règlement est entré en vigueur le 3 décembre 2012 soit quelques mois avant l’élection à la présidence prévue le  10 mars 2013 au Maroc.

Le président sortant est rééligible, Issa Hayatou briguera donc 1, 2, 3 euh un 7e mandat ! L’autre candidat était Jacques Anouma, ancien président de la Fédération Ivoirienne de Football de 2002 à 2011 et membre du comité exécutif de la FIFA. En effet, il « était » candidat, car à l'issue de la réunion tenue au Caire le 10 décembre, le comité exécutif de la CAF a retenu la seule candidature d'Issa Hayatou, à sa propre succession. Cette décision implique donc le rejet de la candidature de Jacques Anouma car ce dernier n’a jamais fait partie du comité exécutif de la CAF.

Pour vulgariser ces informations et en arriver à ma « colère saine », on peut dire que Jacques Anouma a été pris dans le piège du hors-jeu, il s’est fait « banane » par une manœuvre singée des plus fins autocrates. Le dirigeant ivoirien s’en était remis aux instances internationales de recours en la matière pour faire valoir ses droits. Saisi avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi (« Loi Banane » ndlr), le Tribunal arbitral du sport (TAS) s'était déclaré non-compétent et de toute façon, il ne pouvait suspendre cette disposition puisque celle-ci n'entrerait en vigueur que le 3 décembre. On attend avec impatience la prochaine décision du TAS.

« Le prince doit conserver le pouvoir autant qu’il peut ; il peut ainsi user de la ruse ».

C’est une situation ubuesque qui ne peut qu’exister en Afrique. A titre de comparaison s’il existait en Europe de telles mesures, Michel Platini, (Platoche pour les plus vieux) ne serait pas aujourd’hui président de l’UEFA. Et il n’y aurait pas eu de FC Nordsjaelland en C1 ! Plus dramatiquement, c’est décevant d’observer qu’encore aujourd’hui, même dans le sport - censé être désintéressé, un vecteur de valeurs, solidarité, altruisme, collectif entre autres - la soif du pouvoir est aussi forte qu’en politique. Après un quart de siècle de règne sur le football africain, Issa Hayatou est toujours avide de souveraineté. D’ailleurs, en 2002, il s’était porté candidat à la présidence de la Fifa contre Sepp Blatter. Il avait perdu mais au moins il a pu se présenter. L’intimité entre politique et football n’est plus à démontrer. Toutefois cela n’implique pas qu’il faille conduire le football comme un politique.

Interrogé en conférence de presse sur le bilan de ses décennies d’action pour le football africain, le président Hayatou a répondu : « Il ne m’appartient pas de me juger moi-même. Si j’en crois ce qui s’est passé au cours de l’Assemblée générale, les associations nationales m’ont délivré un véritable contrat de confiance (un plébiscite spécifie le Président Blatter) en me demandant de rester à la tête de la CAF en 2013 quand j’aurais achevé mon mandat. J’ai dit que si ma santé me le permettait, j’essayerai de terminer un dernier mandat de quatre ans. Certains laissent entendre que je serais un homme malade, d’autres pensent que les années Hayatou sont terminées. Je m’en remets une nouvelle fois à Dieu ».

A quelques encablures de la CAN 2013, tous les yeux seront rivés sur le continent africain. L’image de ses acteurs, des joueurs mais aussi des dirigeants sera scrutée. Le football africain est en constante mutation, vacillant entre le meilleur et le pire, entre une coupe du monde réussie et un drame dans un stade de foot (Port Saïd). Cette « mini polémique », cette anecdote prévisible voire typiquement africaine pour certains ne fait guère du bien aux institutions de ce continent. Qu‘est-ce que cela dit sur le football africain ? Qu’une personne puisse légalement être réélue chaque quatre ans jusqu’à ce que sa santé l’atrophie ou que Dieu agisse, entre autocratie et théocratie, je m’égare ! Au regard  de la multitude de critères qu’il faille remplir, on assiste à une restriction de l’accès à la candidature. L’UEFA (art 19) et la FIFA (art 24) ont des conditions d’accès plus souples même si « chaque eau a son caïman ».

La CAF tient sur des assemblées nationales toujours aussi décriées par ses joueurs vedettes. El Hadji Diouf, Samuel Eto’o ou encore Emmanuel Adebayor ont souvent clamé de façon récurrente les problèmes que rencontrent leurs fédérations respectives : les primes non-payées,  l’organisation alambiquée de l’équipe, les plans de préparations contingents, l’amateurisme et la mauvaise gestion de la fédération. En composant avec des bases aussi archaïques comment s’étonner d’une tête exécutive aux manœuvres singulières.

D’autant plus que le football est l’oxygène des pays africains. Le ballon jaune est un exutoire aux frustrations politiques et sociales. « En Afrique, le football n’est pas une religion. Mais ce que la religion devrait être » (Jessica Hilltout dans son livre Amen). Une amie s’intriguait quant à la force unificatrice que possède ce sport. « Je ne comprends pas comment le football puisse unir les gens » me disait-elle. Une phrase qui m’a scotchée car je n’avais aucune réponse à lui donner. C’est peut-être le cas pour tous les sports mais le football est un cran au-dessus. C’est une chance que nous donne ce sport c’est pour ça qu’il ne faut pas laisser une institution noyer la puissance de ce sport dans des eaux où la justice et le juste n’auront pas pied. On se souvient de cette image de l’équipe de Côte d’Ivoire et son capitaine, qui micro en mains dédiait leur qualification en Coupe du Monde 2006 à un peuple ivoirien alors divisé en deux… toute la force de ce jeu !

Plus de transparence, plus de démocratie, marquons la dichotomie entre la politique et le football pour le bien de l’institution. Ce n’est guère contre l’homme mais quand l’homme fait partie des murs…

Relatifs

From the web