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Après la rencontre opposant Manchester United au Real Madrid et à laquelle Wayne Rooney n’a participé qu’en qualité de remplaçant, l’international anglais a croisé Diego Maradona, son héros, tard mardi soir (ou tôt mercredi matin) dans un restaurant de Manchester. L’Argentin, qui a assisté à la rencontre et qui a été témoin de la mise à l’écart de Rooney au profit de Welbeck, a défait sa cravate et la lui a donnée.

Un lot de consolation après la naufrage ? Une façon de signifier au joueur qu’il est son lointain successeur ? Une tentative d’aider Rooney à satisfaire aux exigences du ‘Dress Code’ dudit restaurant ? Ou tout simplement un geste irrationnel comme on pourrait s’y attendre de la part d’El Pibe de oro … les interprétations peuvent être nombreuses. Le constat, lui, se situe ailleurs. Loin de l’anecdote. Loin du restaurant. Sur le terrain. Pas loin de la vérité et tout proche de l’ironie. L’ironie du sport, ou cette fois, juste du sort.

Il y a encore quelques années, en 2010 pour être précis, un Rooney à 40% de ses capacités était aligné face au Bayern Munich en quarts de Ligue des champions. Les docteurs mancuniens avaient tout fait pour le mettre sur pied malgré des ligaments de la cheville pas encore totalement remis. Ferguson considérait à l’époque qu’un Rooney diminué et capable de s’évanouir à chaque contact valait mieux que tous les attaquants à sa disposition. L’ironie voulait qu’à cette période, Rooney voulait quitter Manchester, reprochant au club son manque d’ambition sur le recrutement. Aujourd’hui, avec les Van Persie, Kagawa, Welbeck et autres joueurs capables d’assurer son rôle, Manchester s’est assurément fait plus ambitieux, certainement au détriment du joueur qui avait l’avait exhorté à le devenir en menaçant de partir.

Partir. C’est aujourd’hui une possibilité, demain sans doute une réalité pour un joueur qui n’a jamais vraiment réalisé son immense potentiel. C’est l’impression qu’il dégage. L’Angleterre attend toujours que le jeune taureau furieux de Goodison Park devienne le meilleur joueur du monde. Il ne le sera sans doute jamais. La métamorphose kafkaïenne est peut-être déjà lancée dans l’autre sens. Certains dans le Royaume blâment d’ailleurs Ferguson.

 

On reproche au manager écossais d’avoir fait perdre au jeune Wayne sa géniale innocence. Son audace juvénile en dribble, son culot ludique, sa puissance adolescente jadis si ostentatoire et promesse exponentielle pour l’avenir. Rooney, diamant brut, a été taillé pour rentrer de force dans l’écrin rouge, substituer ses contours de talent pur au moule draconien du maitre tacticien, qui tel un Héphaïstos enragé et méticuleux, l’a forgé non pas à son image, mais à l‘image de l’équipe, usant le couteau sacrificiel sur son génie hors-norme au nom de l’unité collective. Ferguson a peut-être, à l’instar de ses célèbres chewing-gums, trop mâché Wayne Rooney, lui faisant perdre sa consistance, son sel, son essence. Son exclusion du plus gros match de la saison sonne un peu comme une invitation, courtoise et cordiale, muette mais tapageuse, discrète et perverse, candide mais calculée, de se retirer.

Rooney laissera derrière lui ce débat, sa confession, ses titres, sa chanson, son surnom et le souvenir discordant d’un morceau d’étoffe bleu foncé qu’un soir, Diego Maradona lui a donné.

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