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Par Hocine Harzoune

Voilà. Le Barça a perdu contre plus petit que lui. Même la famille Karabatic n’aurait pas osé parier sur ça. Le faible a mangé le fort, Wander a escaladé son colosse ou si vous préférez, un lapin a tué un chasseur. Des stars mondiales qui ont leur page Wikipedia en pachtoune ont été battues par un attelage hétéroclite de kenyans, nigérians, écossais ou encore grecs. Et ça, c’est beau.

C’est beau, car c’est rare. C’est beau, parce que c’est une revanche sur l’esthétisme, la perfection et la tyrannie du talent. C’est beau car les Catalans ont aligné 955 passes (contre 166 pour le Celtic) et ont eu 83% de possession de balle. Ils ont tiré vingt-cinq fois... pour un seul but. C’est beau car face au Barça, on éprouve presque un peu de compassion pour le footballeur traditionnel. On a un peu honte de lui, seule personne normale perdue dans un cocktail où tout le monde est un espion séduisant ou un top model polyglotte, et qui se contente de rester planté là gauchement en se dandinant de temps à autre, secoué d'un rire perplexe et muet tandis que tous échangent des bons mots en latin. C’est beau car mercredi soir, les gens normaux ont gagné.



Messi a eu beau tirer en maintenant R2, il s'est heurté à un Forster niveau professionnel et avec la flèche en rouge, il a eu beau dribbler avec le stick droit, la charnière Wilson-Ambrose a tenu. Le Celtic a tenu, il a même fait mieux, marquant deux fois, jouant sur ses points forts qui sont aussi les points faibles du Barça. Une défense de fer, un bloc solidaire et imputrescible et une maitrise parfaite des phases arrêtées défensives comme offensives. Oui, c’est fou ce qu’on peut faire avec 16% de possession de balle.

Surtout, le Celtic a su creuser le plaqué or scintillant de l’armure du Barça, égratignant son bilan comptable parfait. Depuis le début de saison, s’il n’a pas perdu (depuis aout), quelques victoires se sont jouées sur le fil du rasoir. Dans la douleur à La Corogne (4-5), alors que les Catalans menaient 3-0 après 18 minutes de jeu. Dans le stress face au FC Séville, avec deux buts en toute fin de match. Avec le frein à main à domicile face à la très modeste équipe de Grenade après avoir ouvert le score à trois minutes de la fin (2-0).
Et c'est beau, car à l’heure où les places fortes européennes ânonnent leur plan de jeu parfait comme des récitants de première communion, il est bon de retrouver des héros ordinaires, touchés par une grâce ordinaire, qui n’ont pas forcément un talent inné, une tactique séculaire, un centre de formation centenaire ou un entraineur superstar.

C’est beau car le Celtic n’est pas une incarnation de la vertu footballistique comme le Barça. A l’heure où les différences géographiques oblitérées, les caractéristiques physiques minimisées, les joueurs de plus en plus formatés en termes de morphologie et de capacités uniformisent et standardisent la manière de jouer, voir des équipes éternellement promises à la position du bouc émissaire dans le Kamasutra du football contemporain se rebiffer, voir le boucher des vanités barcelonais se rendre devant la vanité des bouchers du Celtic, la référence tirer sa révérence, c’est beau.

C’est beau car le Celtic ne remportera pas la Ligue des champions, le Celtic ne fera de l’ombre à personne, il veut juste sa part de lumière.

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