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Avec un début de saison parfait sur le plan comptable, le Barça de Gerardo "Tata" Martino séduit également par un style ayant subi une légère mutation. Analyse.

Barcelone. Lendemain de succès. Douce atmosphère d'un jour presque comme les autres en Catalogne, fin septembre. Presque, car la partition de la veille a dégagé une saveur particulière. Un parfum d'imprévu, palpable dans l'impression visuelle, et validé par un chiffre très évocateur, à Barcelone plus qu'ailleurs. On ne parle pas du score, non, 4-0 contre le modeste Rayo Vallecano, un tarif devenu commun pour les adversaires du géant ibérique... Mais bien de la possession, une statistique particulièrement parlante au sein du club blaugrana, où les coéquipiers de Messi ont interpellé en ayant le ballon moins de 50% du temps. Une première depuis 5 longues années et... 316 matches, toutes compétitions confondues ! Une éternité. Assurément, l’arrivée de Gerardo "Tata" Martino n'est pas étrangère à ce qui s'est apparenté à une petite commotion dans le paysage blaugrana, sur le moment. Question de style. Et de nécessité, aussi.

La variété, maître-mot du football total

Depuis le lever de rideau, le débat de l'identité de jeu a été remis sur la table, chose inconcevable quelques mois plus tôt. C'est Gerard Piqué, jamais avare de phrases choc, qui avait lancé les hostilités. Interrogé sur le fameux tiki-taka, signature absolue de la maison, le défenseur international espagnol avait publiquement égratigné le mythe, le 10 septembre dernier. « Avec Pep Guardiola et Tito Vilanova, nous avons peut-être abusé de notre propre style, nous sommes devenus esclaves du tiki-taka. », avait-il lâché, avant d'évoquer le successeur de Vilanova. « Il a la même idée du football quant à l’utilisation du ballon mais il a aussi d’autres options du jeu. C’est très positif de pouvoir s’appuyer sur des variantes, surtout lorsque l’adversaire nous connaît bien ou ferme totalement le jeu (…) Au contraire, si nous somme sous le pressing de l’adversaire, envoyer du jeu long n’est pas une hérésie. Cela change le jeu, cela lui donne de l’air. » Des propos qui ne passent pas inaperçus, mais qui reflètent certainement l’opinion de nombreux observateurs. Oui, la question méritait d’être posée. Même au pays du tiki-taka.

Le traumatisme d’une élimination sans gloire en Ligue des Champions, la saison dernière, est encore présent dans toutes les têtes. Balayé 7-0 sur sa double-confrontation contre le Bayern (!), aux portes de la finale, le grand Barça a pris un coup sur la tête. Et une pluie de critiques que son incroyable hégémonie n’a pas suffi à stopper. C'est la loi de la dernière impression laissée. On a parlé de "déclin", justement, de "fin de cycle", et autres poncifs de circonstance… La vérité, comme souvent, est à chercher sur le rectangle vert. Le Bayern, sacré un mois plus tard, mais aussi Dortmund, son rival et adversaire en finale, ont proclamé une autre forme d’esthétisme. Moins dogmatique, moins jusqu’au boutiste. Mais plus efficace, bien-sûr, et surtout plus variée. C’est l’absence de plan B du Barça qui a coulé le club catalan contre la machine de guerre bavaroise. Revers d’un dogme poussé à l’extrême dans l'institution barcelonaise. Cet été, Martino est donc venu avec ses idées, nées de ses précédents faits d’arme, en Argentine et avec la sélection paraguayenne, avec des convictions tactiques marquées, mais pas toujours dans la lignée d'un moule barcelonais auquel il n'appartenait pas.

Le nouvel entraîneur des Champions d’Espagne n’a pas renié la culture de son écurie, loin de là. Il a juste installé une petite griffe, un zeste de verticalité, dans une tactique ultra-disséquée par tous les adversaires du club depuis des lustres. Objectif, apporter un plan B, donc, avec un jeu plus direct et des attaques rapides, dès qu’une brèche s’ouvre, à un instant T, selon le type de phase de jeu. L’attaque placée et le jeu court continuent à constituer le fil rouge des Blaugrana, bien-sûr. Autre optique, s’abstenir de la dernière grande mode en Espagne consistant à évoluer sans véritable pointe. Les faits donnent raison au technicien argentin, puisque les Blaugrana réalisent un sans-faute, aussi bien en Liga espagnole (leader à égalité avec l’Atletico Madrid), que sur la scène européenne. Ce style nuancé a permis aux coéquipiers de Xavi de ne pas tomber dans le piège du Celtic Glasgow, par exemple, dont les vertus mentales et la discipline sans faille avaient considérablement gêné les Catalans au cours de la dernière édition. Un petit changement d'expression collective bénéfique à certaines stars, également. Un crack comme Neymar, dont le jeu est fait de changements de rythme, de percussions individuelles et de profondeur, peut se fondre dans ce projet avec brio, comme l’atteste le début de saison de la recrue phare de l’été, alors qu'Alexis Sanchez retrouve des couleurs. Messi, de son côté, continue à empiler les buts comme des perles, le quadruple Ballon d'or n'est freiné que par sa condition physique limitée du moment. Enfin, même les puristes de l’ADN barcelonais peuvent être rassurés, puisque le quotidien Sport a révélé que Xavi, gardien d’un temple dont il est le métronome depuis des années, a rencontré le technicien pour lui signifier son souhait de conserver le tiki-taka. De quoi faire taire les derniers sceptiques sur le Barça de « Tata » et conquérir l'ensemble des socios blaugrana. Barcelone restera Barcelone.

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