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Oui, pourquoi ? A priori, il a tout de la star « has been », de la vedette déliquescente qui s’accroche au podium. Mais il faut croire en Kaka.

Tous les croyants vous le diront. La foi, ça ne s’explique pas. Sauf des fois. En l’occurrence, la réussite de Kaka au Real, Kaka le honni, le presque banni, le roi sans couronne, la réussite de Kaka au Real donc, et bien on a encore envie d’y croire. C’est un peu une utopie, une chimère, un paradis perdu dont tous les fans du Real ont rêvé à l’arrivée du Brésilien, « né pour être merengue » (dixit Perez) mais qui a tué sa carrière en s’évertuant à le devenir.

Mais la résurrection, y’en a qui ont essayé… et y’en a même qui ont réussi. Enfin un. Lui quoi. Jésus. D’ailleurs, les quatre lettres «OQJF» inscrites sur le bracelet de Kaka signifient: «O que jésus faria», «Que ferait Jésus à ma place?». Cette question ne le quitte jamais alors que certains l’exhortent à se remettre en question. L’Archange en disgrâce veut retourner au paradis après des mois de purgatoire. Voici de quoi lui donner des ailes.



Comme dans l’Enfer de Dante, Kaka commence tout en bas, au Neuvième Cercle. Pire, il recommence. « J’ai 30 ans et j’ai toujours la même incertitude que quand j’en avais 18 et que je ne savais pas si j’allais être convoqué pour jouer avec Sao Paulo ». L’incertitude, ennemie atavique du croyant. Mais la foi peut soulever des montagnes. Là, on lui demande juste de relever un joueur. Un joueur qui n’est pas « malheureux » alors qu’il aurait toutes les raisons de l’être. Un gars au sourire éternellement fixé sur les lèvres, comme ajouté en surimpression sur une toile de maitre. Un garçon prêt à travailler avec la Castilla s’il le faut, voir seul, à guetter la moindre occasion de revenir dans les bonnes grâces du tout puissant Mou. « Ma chance viendra » psalmodie-t-il. Première raison de voir revenir Kaka au top.

Si Mourinho et Jorge Mendes ne jurent que par la marge de revente et la commission de transfert (de préférence avec exil du joueur sous des latitudes exotiques), Perez, lui, est un adepte de la rentabilité brute. Et ça tombe bien, car la société Weber Shanwick Sport estime que Kaka aurait pu laisser dans les coffres merengue 72 millions d’euros par an en étant mieux « exploité ». La présence de Kaka demeure également une obligation dans les tournées estivales et autres amicaux où est convié le Real. Sans parler de l’image du joueur, intacte, quasi neuve, sous blister. Le blister des différentes simulations vidéo-ludiques de foot qui empruntent toujours son nom et son faciès par exemple.

Physiquement aussi, Kaka ne veut pas mourir, ou plutôt, il revit. C’est en tous cas le mantra du coach brésilien qui le suit depuis 15 ans, Turibio Leite. « Il est au mieux de sa forme depuis trois ans. Kaka reviendra puisqu’il revient toujours. » Et puis Kaka gagne toujours, ou en tous cas, souvent. Seulement deux défaites en 37 rencontres démarrées en tant que titulaire. Le Brésilien a d’ailleurs marqué 25 buts sous le maillot merengue, pour une moyenne très honorable de 0.26 but par match. Son concurrent direct, Ozil, plafonne à 0.13. Si l’Allemand a été l’un des protagonistes du titre la saison dernière avec 25 passes décisives notamment, Kaka peut se targuer d'avoir pris part à 50 buts en 89 matches officiels. Pas mal, pour un éclopé. Dans « Le portait de Dorian Gray », Oscar Wilde nous apprend que « le scepticisme est le commencement de la Foi." Si vous n’avez pas envie de croire en Kaka, donnez-lui au moins le bénéfice du doute.

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