thumbnail Bonjour,

L'argent ne fait pas le bonheur. Du moins quand on ne sait pas l'utiliser. C'est le constat amer que peut faire Daniel Levy après le début de saison mitigé de Tottenham.

Rapide petit retour en arrière. Cet été, les Spurs font une très bonne affaire en vendant Gareth Bale au Real Madrid pour une somme astronomique - et record - de 100 millions d'euros. Particulièrement actif, le club londonien réalise alors un mercato frénétique, plein d'ambition. On se dit alors que Tottenham risque de viser le haut de tableau cette saison avec son recrutement de rêve. Avec 126,5 millions d'euros dépensés, les attentes de la direction étaient donc très élevées. Mais les arrivées de Nacer Chadli, Roberto Soldado, Vlad Chiriches, Étienne Capoue, Paulinho, Christian Eriksen et Erik Lamela n'ont toujours pas comblé l'absence de Gareth Bale. Au total, sept bons joueurs censés aider le club londonien à se battre pour le titre, l’objectif annoncé cette année par les dirigeants, mais qui errent sur les terrains tels des étrangers incapables d'évoluer ensemble. Un flop total. Monumental.

Aucune de ces recrues ne s'est réellement imposée dans une équipe qui présente de grosses carences, notamment en attaque. Pourtant, le recrutement était majoritairement axé sur ce secteur, avec plus de 80 millions d'euros dépensés (Soldado, Lamela, Eriksen, Chadli), mais l'animation offensive est quasiment inexistante. Résultat ? 15 buts marqués en 16 journées de Championnat. Soit une moyenne de but inférieure à un but par match. Pour faire un bref aperçu de la situation, lors de l'exercice précédent, à la même époque, les Spurs en avaient marqués le double (29 réalisations). Les humiliants revers contre Liverpool à domicile (0-5) et à Manchester City (6-0), qui au passage a fait trembler les filets à 47 reprises cette saison, ont conduit le club à une décevante 7e place au classement. Inquiétant pour un club qui a pour objectif de décrocher une place qualificative en Ligue des champions à la fin de la saison.

Lamela et Soldado = 61 millions pour 4 buts en PL !

L'une des plus grandes déceptions est sans aucun doute Erik Lamela. Recruté pour une somme record de 31 millions d'euros, l'ancien joueur de la Roma était censé combler l'absence de la star galloise. Mauvaise pioche. L'international argentin peine à s'imposer dans l'effectif londonien. En douze matches, toutes compétitions confondues, il n'a trouvé le chemin des filets qu'à une seule reprise, contre le Sheriff Tiraspol en Ligue Europa. En Premier League, il n'a été titulaire qu'à deux reprises, trop peu pour un joueur acheté à ce prix là. En manque de temps de jeu pour pouvoir s'adapter, il pourrait du coup s'envoler vers l'Atletico Madrid en prêt dès cet hiver.

Que dire de Roberto Soldado ? Buteur expérimenté, les attentes étaient grandes à son arrivée après 30 millions d'euros dépensés pour le faire venir de Valence. Sauf qu'en treize matches de Premier League, l'attaquant n'a marqué que quatre buts. Assez ridicule quand on sait qu'il avait inscrit vingt-quatre réalisations la saison dernière, en trente-cinq matches avec Valence. L'Espagnol est un renard des surfaces, pas un joueur de profondeur. Il ne brille pas par sa technique, ni par sa vitesse, mais par son placement. En bref, il est là pour mettre les ballons au fond. Sauf que les Spurs, depuis le départ de Bale, ont bien du mal à construire leurs actions et en plus, Roberto Soldado se montre beaucoup moins réaliste. "Je ne suis pas satisfait de ce que je fais, du nombre de buts que j'ai marqués. Je veux prouver ce que je vaux, marquer des buts et faire gagner mon équipe. C'est pourquoi le club m'a fait signer, et c'est ce que j'ai toujours fait dans ma carrière, mais pas ici encore", expliquait l'ancien joueur de Valence.

Quant à Christian Eriksen, recruté pour 14 millions d'euros, il a été titularisé selon les humeurs d'André Villas-Boas. Difficile dans ces conditions de prendre ses marques malgré l'excellente saison qu'il avait réalisée avec l'Ajax Amsterdam. L'attaque n'est pas le seul problème. À vrai dire, il y a des carences à tous les niveaux, à tous les postes. Sauf que Tottenham n'a pas recruté pour renforcer son secteur défensif et c'était une belle erreur. Si elle tenait le coup en début de saison, la défense lâche complétement. Résultat : 18 buts encaissés lors des 8 derniers matches. Un constat alarmant. Certes, il y des blessés mais cela n'excuse pas tout. Un milieu qui peine à se trouver, pas assez de bons joueurs en défense, une attaque trop timide et on se retrouve avec une équipe complètement déséquilibrée.

Villas-Boas, le pari manqué
 
Un constat s'impose. On ne construit pas une bonne équipe sans un bon coach. La défaite, ou plutôt la fessée donnée par Liverpool à domicile ce week-end (0-5), a été la goute d'eau qui a fait déborder un vase déjà trop plein. Surtout que les statistiques de ce match font froid dans le dos. Tottenham n'a pas aligné une seule frappe cadrée en 90 minutes et le milieu n'a réalisé que deux interceptions durant la totalité du match. Inquiétant et encore le mot est faible. Pour les dirigeants, André Villas-Boas ne pouvait pas trouver les solutions pour redresser la barre et devient donc le premier responsable de la situation. Le coach portugais, peut-être trop jeune pour gérer un tel budget mercato, n’a pas trouvé les clés du succès et a été limogé lundi.

L'ancien coach de Chelsea demandait de la patience, mais face à des cadors tels que Man City, Chelsea et Arsenal, l'attente n'est pas envisageable, surtout après avoir liquidé 126,5 millions d'euros au mercato, même s'il se dit qu'AVB a subi les choix de Franco Baldini, pour une majorité des recrues, d'où les tensions entre les deux hommes. Certes, les joueurs recrutés sont, dans l'ensemble, talentueux et/ou prometteurs, mais tous ont dû s’adapter à un nouveau championnat. Sauf que pour s'acclimater à l'Angleterre, il faut du temps. Il aurait peut-être été plus judicieux de recruter quelques éléments directement en Premier League. « Pour tout le respect que j’ai pour le président de Tottenham, je pense qu’avec du recul, c’était un grand risque de nommer Villas-Boas à la tête de l’équipe. C’est un jeune homme qui a ses propres points de vue et façons de faire les choses. (..) Quand le président a eu l’argent, il a tout laissé à la disposition d’André Villas-Boas. Et c’est là qu’il a montré sa principale faiblesse. Il a dépensé l’argent du transfert comme un gamin dans un magasin de bonbons », confiait ainsi l’ancien patron des Spurs, Alan Sugar, à talkSPORT.

En plus du mercato, la gestion psychologique de son groupe, comme lors de son passage à Chelsea, laisse à désirer. Il a géré de manière assez étrange le cas Hugo Lloris, insistant pour que l'international français joue contre l'avis médical du club londonien. Que dire aussi du cas Emmanuel Adebayor ? Mis à l'écart dès le début de la saison - il s'entraînait même avec les jeunes du club -, le Togolais n'avait fait qu'une apparition lors de la claque reçue à Manchester City (6-0) le 24 novembre dernier. Conflits, tensions, le jeune entraîneur se serait mis à dos une grande partie du vestiaire. Mais pas que. Les relations avec les supporters étaient également tendues, surtout après les reproches proférés par l'ancien coach de Porto au sujet du manque de soutien lors de la courte victoire contre Hull (1-0). Son projet de jeu et ses choix tactiques étaient également remis en question. Alors même si AVB a obtenu le meilleur ratio (53.7% de victoire) de l'histoire des coaches à Tottenham, Daniel Levy a préféré lui dire bye bye.

Finalement, Gareth Bale a vogué vers un club plus attractif et Tottenham coule. Cette équipe se retrouve aujourd'hui orpheline du Gallois, l'homme-équipe de la saison dernière. Et même les 126,5 millions d'euros dépensés ne parviennent pas à masquer ce vide. Comme quoi, un seul être vous manque et tout est dépeuplé.

Suivre Laetitia Jacquesson

Relatifs