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L'attaquant international uruguayen Luis Suarez peine à se montrer efficace avec Liverpool. Mais son cas n'est pas désespéré.

ANALYSE TACTIQUE
Par Jonathan Wilson

Recruté par Liverpool en janvier 2011 pour marquer des buts, l'Uruguayen Luis Suarez a excellé la saison écoulée dans un tout autre exercice. Celui des poteaux ou transversales touchées. Au sortir de la campagne de Premiership, il en totalisait huit. A l'exception de Robin Van Persie, qui a touché le bois à dix reprises, personne n'a fait mieux que lui en Angleterre. Une statistique intéressante à relever et qui fait ressurgir le débat concernant son efficacité et celle, d'une façon générale, de toute son équipe des Reds.

A l'Ajax, son précédent club, Suarez a trouvé le chemin des filets adverses à 81 reprises en 110 matches disputés. Avec la sélection uruguayenne, son ratio est tout aussi séduisant puisqu'en 54 sélections, il s'est offert un total de 28 réalisations. Une rentabilité qu'il n'a malheureusement pas pu exporter en Premier League, où en un peu plus d'une saison et demie, il n'a inscrit que 16 buts en championnat. Pour un joueur recruté pour la somme de 26.5M€, c'est un chiffre qui parait assez famélique.

ATTAQUE A TROIS FLÈCHES
JOUEUR DE POINTE: Suarez devrait briller à condition d'avoir plus de soutien
El Pistolero n'a donc pas su se montrer aussi efficace Outre-Manche qu'il ne l'a été dans ses précédents clubs. Mais il n'est pas le seul fautif puisque la chance, ou la malchance s'y est mêlée. En jetant un œil sur sa moyenne de buts depuis qu'il a débarqué à Anfield, on peut déduire qu'il a marqué un but tous les trois matches. Et si on suppose qu'il y avait eu but toutes les fois où il avait touché les barres adverses, cela en ferait un à chaque match. Une lecture qui démontre que sous le maillot rouge, il n'a pas perdu grand-chose de son audace et de sa confiance, mais seulement une petite dose de lucidité.

Questionné par The Guardian le mois dernier au sujet de la scoumoune qui semble le poursuivre, Suarez a peiné pour trouver une explication. "En Pays-Bas, j'étais pourtant chanceux. C'est comme si tout allait au fond. J'aurai pu frapper de mon épaule, ça aurait fait mouche quand même. Ici, c'est différent" a-t-il déclaré, avant d'admettre : "je comprends que je dois marquer plus que je ne le fais. Peut-être est-ce parce que j'essaye d'être un peu trop précis en voulant éviter le gardien et ce qui fait que ça échoue sur un poteau. Parfois, vous frappez le ballon mal et ça va malgré tout au fond. Cette année, je vais peut-être essayer de frapper mal". Ironique, l'ami Suarez ? Pas forcément, car prendre ses propos au premier degré n'aurait rien d'illogique.

Manque de bol ? Sur-précision ? Un manque de confiance ? Il y a certainement un peu de tout, mais lorsqu'on se rappelle de quelques belles réalisations réussies par l'international uruguayen par le passé, on peut sérieusement se demander si le souci ne serait pas d'ordre technique plutôt que moral ? On pense notamment à l'excellent but qu'il a mis au Paraguay en finale de la dernière Copa America, ou alors les deux inscrits face au Pérou en demi-finale, voire même le hat-trick retentissant qu'il s'était offert contre Norwich City en championnat la saison dernière. En effet, il y a de quoi rester médusé.

Les loupés de Suarez symbolisent idéalement la piètre saison accomplie par Liverpool en dépit d'un jeu conquérant. En championnat, les Merseysiders ont terminé huitièmes, ce qui constitue leur pire classement depuis presque un demi-siècle. Pourtant, tous grands championnats européens confondus, seul le Barça a passé plus de temps dans le dernier tiers de terrain que Liverpool. A cela, on peut aussi ajouter le fait qu'en 38 matches de Premier League, le nombre de tirs tentés par les Reds n'a été qu'à cinq reprises inférieur à celui de ses opposants. D'une manière globale, lors du décompte final, trois équipes seulement totalisaient plus de tentatives au but que les protégés de Kenny Dalglish. Tout cela laisse à penser, et contrairement à ce que suggèrent les critiques qu'il y avait sur son jeu, Liverpool a surtout souffert d'un manque de réussite. Un constat conforté par le fait que l'équipe ait loupé cinq des six pénaltys qu'elle a obtenus et qu'elle a trouvé les barres adverses à 33(!) reprises.


A la peine devant les buts | Suarez n'a marqué que 16 buts en championnat pour Liverpool

Il se peut que la problématique réside dans la confiance. Une fois qu'il aura recommencé à scorer, Suarez va certainement avoir plus de ballons exploitables, il recouvrira ses réflexes et une certaine conviction dans le dernier geste. Un peu comme celle qui était la sienne à l'Ajax ou en Argentine, l'été dernier. Ou alors le souci concerne le style de jeu de Liverpool, ce qui parait être plus probable connaissant la mentalité de compétiteur du joueur.

MOBILITÉ OFFENSIVE
TOUJOURS EN MOUVEMENT: Suarez est le plus efficace lorsqu'il joue dans des systèmes fluides
En 2011, Liverpool a fait signer Andy Carroll, l'archétype du renard des surfaces, de même que Charlie Adam, Stewart Downing et aussi Jordan Henderson. Tous ses éléments avaient pour habitude de créer des buts dans les précédents clubs où ils ont joué. Et dans ce domaine, personne n'a fait aussi fort que le club de la Mersey en les enrôlant tous ensemble. A Anfield, leur mission était on ne peut plus claire; multiplier les passes dans la surface. Dans cette tactique là, la responsabilité présumée de Suarez était de jouer dans le dos de Carroll, exploiter les passes en profondeur, tirer le meilleur de son côté technique et essayer de combiner avec les autres. Une tâche qu'il a bien fait pendant un temps, mais les blessures à répétition de Carroll ont changé la donne.

L'attaquant international anglais a fait des détours continuels par l'infirmerie et en son absence, le trio Adam, Downing et Henderson a eu du mal à trouver des formules palliatives pour continuer à se montrer performants. A partir de là, Liverpool s'est en quelque sorte perdu entre les différents styles de jeu et, aussi surprenant que cela puisse paraitre, les types d'opportunités qu'ils se créait ne correspondait pas à la qualité de ses finisseurs.

Historiquement, Suarez a été le plus efficace lorsqu'il jouait dans des systèmes de jeu fluides. Sa sélection uruguayenne joue, sous les ordres d'Oscar Tabarez, avec deux éléments aux avant-postes et trois derrière et cette configuration requiert une grosse mobilité des attaquants. Suarez a souvent eu comme devoir de désaxer, basculer sur les ailes, pour ensuite provoquer et participer ainsi aux offensives. De cette manière, il arrivait à déséquilibrer les défenses et sa complémentarité avec Diego Forlan et Edinson Cavani était saisissante, sans oublier que chacun de ses trois joueurs parvenait à livrer la même production en jouant en pointe ou derrière du moment que les deux autres étaient là pour l'épauler.

Contrairement à Tabarez, Brendan Rodgers, le nouveau coach de Liverpool, n'a pas encore trouvé l'astuce pour que Suarez puisse s'exprimer de la meilleure manière qui soit. S'il y parvient, il est sûr que les buts vont revenir et la confiance dont jouit tout attaquant avec.

Actuellement, Liverpool semble avoir des carences au niveau de l'expérience et de la finition, mais, sur le papier là, la matière première est bien là. Avec l'Italien Fabio Borini et le jeune Raheem Sterling, Luis Suarez peut progressivement retrouver le contexte dont il profite au sein de la Celeste. Et l'intéressé a été le premier à le souligner.

"Cela me convient" a-t-il affirmé, "il (Rodgers) sait que je ne reste jamais dans une position, statique comme un attaquant fixe, que j'essaye tout le temps de bouger. Je pense que dorénavant, si on applique tout ça, on peut faire beaucoup de mal aux défenses adverses". La question qui se pose est : est-ce que le reste de l'équipe est vraiment en mesure de fournir la plateforme idéale pour que la théorie se transforme en pratique ?

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