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ITA, AC Milan - Maldini en toute intimité

ITA, AC Milan - Maldini en toute intimité

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Légende de l'AC Milan et de la Squadra Azurra, Paolo Maldini a marqué son époque de l'emprunte d'un homme respectable. Confession d'un monument de ce sport.

En Italie, oui il y a les Roberto Baggio, les Del Piero et autres Totti, mais pas que ça. Le foot ce n'est pas que le spectacle offensif, c'est aussi la magie de voir un Baresi, un Beckenbauer ou un Nesta, anéantir une action. Tel un lion se jetant sur sa proie, avec l'unique désir, de protéger les siens. Ce n'est un secret pour personne, l'Italie est la meilleure école de défenseur de l'histoire, en terme de formation et de philosophie. D'ailleurs, on le sait bien nous Français, on peut même les remercier d'avoir éduqués nos joueurs fut un temps. Une science tactique et du placement, qui a façonné la carrière d'un certain Paolo...

Si on se prenait à faire une compilation des meilleurs joueurs de tout les temps, à coup sur, on citerait Maldini. L'un des tout meilleurs défenseurs de l'histoire de ce sport. Paolo Maldini, c'est un palmarès long comme le bras, des titres à foison et une classe qui ne s'achète pas. Mais pas uniquement. A 44 ans, Paolo détient toujours le record du plus grand nombre de matches joués en Série A, 648, rien que ça... A travers un long entretien accordé au journal La Repubblica, l'italien s'est confié, en toute intimité.

Devenir coach un jour ?

"Je n'ai jamais pris cette hypothèse en compte car j'ai vu ce que cela donnait avec mon père et sa vie de nomade. Ce n'est pas pour moi. Ensuite, en tant qu'entraîneur, on doit s'ouvrir à toutes les possibilités comme l'a fait légitimement Léonardo : et je ne peux penser entraîner une autre équipe que le Milan. Donc, vu que je ne pense pas pouvoir entraîner un autre club italien, les possibilités que j'entraine sont proches de zéro. Et dans un autre pays, encore un peu plus."

Ses désirs, sans regrets.

"J'ai tellement fait dans le football que je n'ai rien à enlever de ces 31 ans que j'ai passés depuis mon entrée dans les équipes jeunes du Milan. Le risque de rester en dehors du milieu du foot est réel mais j'ai un passé et un lien si fort avec le Milan qu'il est difficile de s'imaginer dans une autre réalité."

"Je pourrais apporter mes connaissances tactiques : l'évaluation des joueurs est une expérience que j'ai acquise lors de ma longue carrière de footballeur. Je crois avoir vécu toute l'évolution du football moderne, donc oui, je pourrais être dirigeant. Le football n'est pas que fréquenté par des gens compétents à 100%. Celui qui travail n'a pas toujours les connaissances tactiques, footballistiques ou psychologiques. Mes années de capitaine du Milan, à partir de 1997, m'ont bien servies en Nazionale, de 94 à 2002 mais c'était différent : dans la Nazionale il faut gérer un événement alors qu'en club il faut gérer la vie au quotidien et on apprend énormément."



"J'ai eu la chance de participer à 25 années merveilleuses. Et bien, quand je suis arrivé, j'ai déjà trouvé une excellente base pour la construction d'une grande équipe : de grands joueurs et de grandes personnes. Berlusconi est arrivé et nous a appris à penser grand. Certes, avec les investissements car il achetait les meilleurs mais il nous a donné une nouvelle mentalité. Et par dessus tout : Sacchi et l'idée que le club devait devenir un modèle de beau jeu et de belles victoires. En somme, il a créé quelque chose de vraiment magique, grâce à la personnalité de ceux qui étaient déjà présents en y incorporant ceux qui sont venu les rejoindre."

Le changement et l'évolution de l'AC Milan


"Le Milan s'est transformé, d'une équipe magique, le Milan est passé à une équipe tout ce qu'il y a de plus commun. Et cela pourquoi? Car contrairement à de nombreux clubs européens ayant une histoire semblable comme le Bayern, Barcelone ou le Real où ceux qui ont écrit l'histoire sont allé partager avec les plus jeunes leurs expériences. A Milan, le club a lui-même cessé de transmettre ce message, au profit des investissements. A l'intérieur du Milan, il n'y a personne qui a fait l'histoire du club qui a un rôle important à jouer. Regardez l'histoire du Bayern et du Real et les rôles qu'avaient dans le temps Beckenbauer, Hoeness, Rummenigge, Butragueño, Gallego, Valdano. Même pour les nouveau arrivants, cette magie est plus facile à transmettre par ceux qui l'ont testée, crée. Milan a toujours été une grande équipe, même à l'époque de mon père. Mais la plus grande magie, celle qui a duré 25 ans, a ensuite été perdue."



"Evaluer le projet d'un tel Milan est difficile. En été, ils ont laissé partir 12 joueurs ayant de grandes personnalités et il ne faut pas tenir compte d'un début de saison compliqué sans programmer le futur. Attendons donc le mercato d'hiver. Mais en général, les vraies bonnes affaires y sont vraiment rares. Honnêtement, je vois peu de projet. Je me trompe peut-être mais certains choix de joueurs, même à paramètre zéro, sont loin de l'idée d'un projet étudié et pensé."

"Je dirais plutôt de l'amertume et pas seulement la mienne. Amertume parce que tout ce qui a été créé en même temps a été dissout. Beaucoup de mes anciens partenaires partagent cette opinion. Il n'est pas évident de recréer la magie que nous avons vécue. Voici ce que j'aimerais restituer, c'est tout. J'ai donné plus que n'importe quel autre à l'histoire du Milan, j'ai joué plus de matchs que quiconque. Mais je pense que j'ai reçu encore plus. Je sens que j'ai une dette de gratitude."

"Je l'ai dit au président avant de quitter le club. L'aspect économique n'est pas un levier qui peut avoir un effet sur moi. Le travail de chacun doit être payé de la bonne manière mais ce n'est pas celle-ci qui doit décider de nos choix. Et il ne faut pas compter sur le feu des projecteurs : j'ai déjà été beaucoup trop exposé médiatiquement, ce n'est pas dans ma nature. Au contraire, la satisfaction de faire quelque chose d'irrésistible, de passionnel n'a pas de prix : surtout pour un club qui m'a donné tout ce dont j'ai parlé aujourd'hui."



Sur le football en général

"J’éprouve une gratitude éternelle pour ce sport, c’est un amour passionnel. Ca me plaît d’aller au stade. Cette année, j’ai aussi vu Juve-Chelsea pour voir le nouveau stade de la Juve. Et j’ai trouvé une équipe qui joue un football moderne dans un stade moderne. L’Italie se colle des erreurs dans le dos qu’elle n’a pas commises. La Juve a le niveau européen, elle fait partie des 5-6 premières équipes avec ce type de jeu. Pour le reste, en Italie, j’éprouve une tristesse énorme pour les stades vides : la comparaison avec l’Allemagne est avilissante. Ces dernières années, San Siro est souvent une désolation. Au moins, ils ont refait le terrain."

"J'ai eu la chance d'avoir une liberté de travailler et de penser et je m'y tiens : je dis ce que je pense. Et je pense que beaucoup de footballeurs ont des choses à faire, à dire. Les footballeurs, à mon avis, devraient avoir plus conscience de leurs rôles. C'est difficile de changer les choses lorsque l'on ne veut pas vraiment changer. Il faut un peu plus de courage dans la vie."



"Pour moi, je pense qu’on doit changer de mentalité, en regardant les autres sports qui génèrent des grandes recettes. On ne peut pas s’en remettre au dieu de l’argent. Aucun sport ne peut tenir 11 mois au meilleur niveau, entre les Equipes Nationales, les coupes et le championnat. Si tu veux gagner, tu dois sauvegarder la santé de l’athlète et le spectacle. En NBA, il y a trois mois de vacances."

"(Sur Michel Platini) Au début, je n’étais pas d’accord avec lui sur beaucoup de choses. Il a montré qu’un ancien footballeur avec un cerveau, dans un monde très politique comme celui de l’UEFA, peut donner des idées innovantes. Le fair-play financier est très important, il faut apprendre à rivaliser avec les mêmes armes : il y a des équipes avec 500 millions d’euros de dettes et d’autres non, il y a les équipes espagnoles qui jouissent d’une taxation inférieure."

L'arrivée de jeunes pouces en Série A, plus fréquente qu'auparavant.

"Pour moi, c'est un choix subi, pas du tout programmé, ou en tout cas pas pour tous. Mais cela peut faire beaucoup de bien. Vous avez vu De Sciglio au Milan ? Il y a quelques années, il n'aurait probablement pas trouvé de place."

"Je crois plutôt que pour arriver au type de défense en zone presque parfait du Milan de Sacchi, il avait fallu des entraînements épuisants et répétitifs, pour étudier toutes les variantes. Et c'était incroyablement fastidieux. Aujourd'hui, ça l'est encore plus, étant donné que les règles ont évoluées et que les variantes à étudier sont encore plus nombreuses."

Le catenaccio. Un sujet toujours sensible pour un italien !

"C'est un lieu commun complètement absurde. Lippi a-t-il jamais utilisé le catenaccio ? Et Sacchi ? Et mon père, qui jouait avec trois attaquants ?"



Sur la Squadra et son effectif

"La Nazionale que j'ai vu à l'Euro m'a énormément plu. Ceux qui disaient que le football italien était vieux ont été servis. Il a su donner la démonstration de savoir s'adapter, quelle que soit la difficulté, et d'avoir toujours ce petit quelque chose en plus. Regardez l'Italie - Allemagne... Pirlo est un joueur unique, Buffon un gardien exceptionnel, Barzagli le meilleur défenseur, De Rossi un excellent milieu, même s'il joue peu. Et pour ce qu'il montre en ce moment, j'aime beaucoup El Shaarawy. Cet été, en regardant Milan - Chelsea, j'ai parlé de lui avec quelques amis, qui étaient perplexes au vu de ce qu'il montré en préparation. Moi je voyais ce qu'il était capable de faire, son potentiel. Mais il m'a tout de même surpris, par sa résistance et sa capacité à marquer. J'espère qu'il saura rester humble : la tête n'est pas un détail, dans le sport."



Ligue des Champions (5) : 1989, 1990, 1994, 2003 et 2007
Supercoupe de l'UEFA (5) : 1989, 1990, 1994, 2003 et 2007
Coupe intercontinentale (2) : 1989 et 1990
Coupe du Monde des clubs (1) : 2007
Championnat d'Italie (7) :  1988, 1992, 1993, 1994, 1996, 1999 et 2004
Supercoupe d'Italie (5) : Vainqueur : 1988, 1992, 1993, 1994 et 2004
Coupe d'Italie (1) : 2003
Coupe du Monde : 1994 finale perdue contre le Brésil
Championnat d'Europe : 2000 finale perdue contre la France
Ballon d'Or : 3e en 1994 et 2003, 6e en 2005 (à 37 ans)
Élu 21e meilleur joueur du siècle (World Soccer Awards)

"Maldini, pendant 20 ans notre rival, pendant 20 ans toujours loyal." était-il écrit sur les banderoles des supporters de l'Inter Milan, soir du départ de Paolo Maldini. Paolo, qui participa à 56 derbys milanais ! Respect.

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