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Distancée par les autres cadors de la Serie A la saison dernière, l'Inter de Milan ferait bien de régler tous ses problèmes défensifs si elle veut retrouver le sommet.

ANALYSE TACTIQUE
Par Mark Doyle

Content de l'arrivée massive des nouvelles têtes du côté d'Appiano Gentile en fin de mercato, Andrea Stramaccioni, le coach de l'Inter de Milan, n'a pas manqué de remercier son président Massimo Moratti. Pour lui, "les fondations d'une équipe appellée à devenir brillante dans le futur sont posées". Il ne manquerait donc plus qu'à les travailler.

L'entraineur Nerazzuro a beau être excité, il ne demeure pas moins que les affaires réalisées par ses responsables ne sont pas vraiment celles qui étaient attendues. Outre le fait que le club lombard a manqué d'enrôler ses deux cibles offensives prioritaires, en l'occurence Lucas Moura et Ezequiel Lavezzi, il ne serait pas inutile de signaler que derrière il n'y a pas eu de renforts, proprement dit. Bien qu'il ait toujours loué le travail et la polyvalence de Javier Zanetti, Stramaccioni a d'ailleurs été le premier à reconnaitre que le poste de latéral droit est celui qui le préoccupe le plus, puisque la nature et le nombre des solutions qui s'y présentent ne sont pas du tout rassurantes.

Alors oui, en terme de joueurs à vocation offensive, l'Inter n'a pas grand-chose à envier à ses principaux concurrents de la Serie A. Que ça soit en milieu ou en attaque, cette formation semble être suffisament armée pour rivaliser avec les meilleures. On ne peut, en revanche, pas en dire autant de la défense, qui présente pas mal de manquements et dont les principales carences ont été largement entrevues le week-end à l'occasion de la défaite concédée face à la Roma (1-3) à domicile.


Des signes inquiétants | Le week-end dernier, l'Inter est apparue particulièrement perméable face à la Roma
 
Stramaccioni a pris conscience des faiblesses défensives de son équipe dès son premier match à la tête de l'équipe, en mars dernier contre le Genoa (5-4). Malgré la victoire, il y avait pas mal de déceptions dans ce domaine-là et cela ne s'est pas vraiment arrangé avec le temps. Depuis le début de son mandat, il n'a connu qu'un seul "clean sheet". C'était contre la Fiorentina à quelques journées de la fin du championnat. Pour mesurer encore un peu mieux l'importance du problème, il suffit de regarder le classement final de cet exercice et constater que seules les cinq dernières équipes du tableau ont encaissé plus de buts que les Nerazzuri (55). A partir de là, le fait qu'il n'y ait eu qu'un seul arrière de recruté durant l'intersaison, en la personne de Matias Silvestre, apparait encore plus surprenant.
EN CHIFFRES
Les difficultés défensives de l'Inter
0 Les Nerazzurri n'ont toujours pas gagné le moindre match de compétition à San Siro cette saison, perdant contre Hajduk Split et la Roma et faisant match nul face à Vaslui.
2 Sous les ordres de Stramaccioni, l'Inter n'a gardé qu'à deux reprises sa cage inviolée en 11 matches de Serie A.
7 La défense intériste s'est faite battre à 7 reprises lors des trois premiers matches à domicile disputés depuis en ce début de nouvelle saison.
8 Andrea Ranocchia compte 31 titularisations en Serie A avec l'Inter. Durant ses rencontres, les Lombards n'ont réussi que 8 matches sans le moindre but encaissé.
55 Bien qu'ayant terminé sixième du dernier exercice de la Serie A, l'Inter a encaissé un total de 55 buts. A titre de comparaison, la Juve, le champion sortant, n'en a pris que 20.

Arrivé de Porto, l'Uruguayen Alvaro Pereira peut, bien sûr, être utilisé comme latéral gauche mais face à la Roma il a été aligné sur l'aile et il est évident qu'il a plus été acheté pour ses qualités offensives. Un transfert qui porte incontestablement l'empreinte de Stramaccioni, un coach avant-gardiste et porté vers l'offensive. D'ailleurs, aucun élément n'a été enrôlé cet été sans son approbation.

Le technicien romain avait jugé son effectif comme étant satisfaisant et "complet" avant même les arrivées tardives de Walter Gargano, Antonio Cassano et Pereira. A la fin, il avait donc de quoi être satisfait. Pourtant, ses sentiments contrastent totalement avec la réalité et le fait que sa défense, vieillissante comme jamais, ne dégage plus aucune assurance et en particulier dans l'axe.

Silvestre mérite d'avoir un temps d'adaptation mais ses premières prestations n'ont pas été réellement encourageantes. A 34 ans, Samuel est au bout du rouleau et le jeune Juan (21 ans) ne parait pas être taillé pour la Serie A, alors que le Roumain Christian Chivu a déjà un pied à la retraite. Seul l'international azzuro Andrea Ranocchia semble donner satisfaction de temps à autre. Pas de quoi pavoiser, en somme.

L'ancien du Genoa a fait des progrès depuis qu'il est arrivé à San Siro, mais Stramaccioni ne lui manifeste pas une confiance aveugle. Cet été, il était même question de le laisser partir sous d'autres cieux. Au final, le joueur est resté et lors du premier match du championnat, contre Pescara, on l'a vu plutôt à l'aise et relativement solide.

Il aurait été intéressant qu'il puisse confirmer lors du match suivant face à la Roma, mais ça n'a pas été le cas. Contre les Giallorossi, il est même apparu en grosse difficulté et le manque de puissance qu'on lui reproche très souvent fut de nouveau flagrant. Résultat des courses; l'Inter a pris le bouillon durant cette partie, jouée pourtant à domicile. L'équipe lombarde est surtout apparue friable lors des contres qu'elle a concédés. Francesco Totti et Pablo Osvaldo se sont d'ailleurs régalés face à autant d'approximations collectives.
INTER v ROMA: 02/09/12
Sur les côtés ou dans l'axe, c'était l'opération portes ouvertes la semaine dernière à San Siro


Bien sûr, toute défense a besoin de protection et durant ce match, Ranocchia et Silveste ont été comme abandonnés par le trio de milieux situés devant eux. Une impression qui s'est parfaitement vérifiée lorsque le Romain Alessandro Florenzi est parvenu à s'immiscer dans la surface avec une étonnante liberté pour ensuite placer une tête victorieuse pour l'ouverture du score.

Avec tous ces soucis, Stramaccioni a de quoi passer quelques nuits blanches. Cela dit, il y en a qui peuvent être balayés par un simple travail à l'entrainement, voire même dans le vestiaires sur le fameux tableau vert représentant le terrain. Même s'il est sans conteste un bon renfort, Gargano a besoin de temps pour bien se comprendre avec Guarin et Pereira. Concernant Guarin, il gagnerait à faire montre de plus de discipline, tant au niveau de son tempérament qu'en terme de replacement sur les phases défensives.

Tactiquement, l'Inter possède donc encore une bonne marge de progression. Cependant, cela n'explique pas totalement son début de championnat moyen. Quand on sait que depuis la reprise, les champions d'Europe 2010 ont remporté tous leurs matches à l'extérieur et ce sans encaisser le moindre but, il y a lieu de se demander s'il n'y a pas vraiment un "problème psychologique" qui existe lorsqu'ils évoluent à San Siro devant leurs supporters. Stramaccioni le pense, en tous cas, puisqu'il n'a pas manqué de relever cette thèse après la déroute contre la Roma.

En admettant que le problème soit effectivement purement mental, il n'y a pas trop à s'inquiéter pour le futur de l'Inter car leur entraineur a déjà prouvé ses gammes en tant que meneur d'hommes, capable de booster ses troupes. Le fait que Wesley Sneijder soit toujours en Lombardie et qu'il connait actuellement, à 28 ans et au bout de deux années compliquées, une petite renaissance en témoignent.

Malgré tout, le doute et l'incertitude restent permis car l'Inter présente un équilibre assez mou, qui peut facilement s'effondrer pour peu que deux ou trois mauvais résultats s'enchainent. Si tel est le cas, il faudra dire adieu aux rêves de Scudetto.

Pour Stramaccioni, un tel scénario serait pour le moins gênant surtout qu'il a jugé son effectif comme étant "quasi complet" et ce dès le début de l'été. En dépit de ces dires, il est clair que le club aura besoin de quelques renforts défensifs en janvier prochain. Ayant le loisir de recruter qui il veut, un luxe dont ne bénéficiait pas l'un de ses prédécesseurs, Rafa Benitez, le coach intériste pourrait finalement se résoudre à le faire. En même temps, il n'est pas impossible qu'il s'entête à ne rien chambouler derrière et continuer à faire confiance à la doublette Ranocchia - Silvestre.

En conclusion, Stramaccioni semble avoir construit l'Inter à son image, c'est-à-dire jeune, audacieuse et dynamique. Les fans de football champagne y trouvent leur compte. Par contre, pour les observateurs neutres, la prédiction selon laquelle les fondations d'un grand club en devenir ont déjà été posées semble être tout sauf évidente.

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