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Transféré de l'été à la fin du mercato, Giampaolo Pazzini a débuté idéalement son séjour au Milan AC. Pourra-t-il confirmer sur la durée ?

ANALYSE TACTIQUE
Par Kris Voakes | Spécialiste du football italien

Contrairement aux années précédentes, le Milan AC n'a pas vraiment bénéficié cet été du mercato estival. Le club Rossonero a laissé partir ses deux meilleurs joueurs (Zlatan Ibrahimovic et Thiago Silva) et les joueurs qui sont arrivés à San Siro ne font pas vraiment rêver. Parmi les affaires réalisées par les responsables lombards, il y a celle de l'échange impliquant Antonio Cassano et Giampaolo Pazzini. Le premier est parti à l'Inter, tandis que le second a emprunté la direction opposée pour débarquer chez les vice-champions d'Italie. L'international azzuro n'a pas attendu longtemps pour se faire remarquer sous ses nouvelles couleurs, en marquant un triplé dès sa première apparition en championnat (contre Bologne, 3-1). Un bel accomplissement, qui a balayé une bonne partie des doutes qui existaient par rapport à sa capacité à réussir dans ce club. Un scepticisme que partagaient à la fois les observateurs et les supporters de l'équipe.

Ils étaient, en effet, beaucoup à s'interroger si "Il Pazzo" avaient les épaules pour soutenir la pression qu'il peut y avoir dans un club comme Milan. Contre Bologne, il a donc déjà livré une bonne partie de sa réponse, suscitant l'admiration de tout son entourage. Alors, certes, ses deux premiers buts n'étaient pas vraiment un modèle d'esthétisme, mais la performance réalisée reste très importante. Ses contempteurs en sont restés bouche bé. Son intérêt et celui de son club désormais, c'est qu'il arrive à reproduire ce genre de performances sur la durée. Là, il est clair que Massimiliano Allegri, le coach de l'équipe, aura un grand rôle à jouer. Le technicien toscan a la responsabilité de tirer le meilleur de son nouvel avant-centre, tout comme l'ont fait les précédents entraineurs qui ont côtoyé le joueur pendant son parcours professionnel.

SA RÉUSSITE A LA SAMPDORIA
DES LATÉRAUX ENTREPRENANTS:  Cassano et Pazzini en ont largement profité

Après des passages plus ou moins mitigés à l'Atalanta et à la Fiorentina, c'est à la Sampdoria que Pazzini a commencé à faire parler de lui et à claquer un nombre important de buts. Enrôlé en janvier 2009 pour faire la paire avec Cassano, il ne pouvait rêver d'un meilleur séjour en terre génoise. Complémentaires au plus haut point, le duo a hissé les Blucerchiati vers les sommets de la Serie A, leur offrant notamment une qualification inespérée en Ligue des Champions européenne.

Jouant devant un quatuor défensif des plus compétitifs, le milieu de la Samp a offert un soutien de taille à la brillante doublette, laquelle se chargerait de finir les actions et elle le faisait avec beaucoup d'efficacité. Dans l'entrejeu, Andrea Poli et Fernando Tissone se disputaient une place au côté d'Angelo Palombo alors que la touche créative provenait de Daniele Mannini, côté droit, ou de Franco Semioli et Reto Ziegler sur le côté gauche. Les ailiers jouant un rôle capital dans la pression imposée sur les défenses adverses et la domination territoriale que l'équipe parvenait continuellement à imposer, même face aux grandes écuries du Calcio.

Pazzini était surtout recherché dans la surface sur les centres venant des deux ailes, tandis que Cassano récupérait le cuir dans des positions avancées et faisait la différence balle au pied, ou alors il tentait sa chance de loin. L'autre solution que ce dernier avait était de trouver son pote de l'attaque en première intention et le servir dans les pieds. Dans les précédents clubs où il avait évolué, Pazzini n'avait pas pu compter sur un tel soutien collectif. De plus, il avait sérieusement progressé dans le domaine de la finition, en marquant dans des positions diverses et avec des angles complètement différents.

Après deux ans de service à Gênes, Pazzini a filé à l'Inter contre une somme de 12M€. Chez les Nerazzuri, le natif de Pescara s'est vu proposer la même responsabilité. Diego Milito étant alors en plein doute, l'attaquant italien a été lancé au côté de Samuel Eto'o, lequel, revenu dans une position axiale, était alors très motivé après un exil d'une année passée sur le flanc, sous les ordres de José Mourinho.

Sous la houlette de Leonardo, le milieu de terrain de l'Inter ne donnait pas vraiment satisfaction. C'était alors à partir des flancs que venait le plus souvent le danger. Le Japonais Yuto Nagatomo ou, plus particulièrement Maicon se révélaient être d'un grand apport sur le plan offensif. La crainte naturelle qu'avaient les adversaires en défiant les champions d'Europe en titre a aussi permis à Pazzini d'être plus à l'aise dans son rôle de buteur. Lorsqu'il héritait du ballon dans la surface, il faisait presque systématiquement mouche. Cela s'est d'ailleurs largement vérifié à travers les chiffres avec 11 buts marqués (en 17 matches disputés), à l'issue de la phase aller du championnat.

Un duo de choc | C'est aux côtés de Samuel Eto'o que Pazzini a été le plus productif

LE DÉCLIN A L'INTER
DES AILES INEFFICACES:  Le manque de qualité sur les côtés a nuit à l'impact de Pazzini

En 2011-12, les choses se sont malheureusement un peu compliquées pour Pazzini. Avec la blessure ou le manque d'efficience de Maicon, qui commençait à faire son âge, et une activité de moins en moins clinquante des milieux de terrain suite à l'arrivée de Claudio Ranieri, le jeu de l'attaquant international italien a presque totalement changé. En outre, il est devenu orphelin de celui avec qui il s'entendait le mieux, en l’occurrence Samuel Eto'o, parti chercher fortune à l'Anzhi Makachkala.

Du jour au lendemain, Pazzini s'est vu sevré de ballons et aussi d'appui auquel il était habitué de la part de Cassano ou Eto'o. Avec sa technique et sa vision de jeu, Wesley Sneijder aurait pu parer à ce problème mais Ranieri a fait le choix (contesté) de faire évoluer le Néerlandais dans une position plus reculée. Quant à Joel Obi et Ricky Alvarez, ils n'avaient ni la qualité, ni l'expérience pour se muer en joueurs décisifs. Pour les défenses adverses, il était devenu très facile de lire le jeu intériste. Quant on ajoute à ça le manque de puissance et de cohésion entre les lignes qui commençaient à caractériser la formation lombarde, il y avait assurément un peu trop de manquements pour pouvoir tirer le meilleur de Pazzini, ou, alors, simplement le trouver. Implicitement, ce dernier a baissé considérablement en rendement et cela s'est répercuté sur sa confiance, vitale pour tout attaquant.

Le cas de Pazzini aurait pu s'arranger suite au limogeage de Claudio Ranieri. Mais, pour cela, il aurait fallu que le nouvel entraineur, Andrea Stramaccioni, puisse compter sur lui. Ce n'était guère le cas. A mesure que l'intersaison approchait, le départ du joueur devenait inéluctable. Et c'est ce qui s'est produit avec ce transfert au Milan AC à la fin du mois d'aout dernier. L'intéressé nourrit beaucoup d'espoirs dans cette nouvelle aventure. Chez les Rossoneri, il a à cœur de pouvoir relancer sa carrière et aussi faire le nécessaire afin de pouvoir retrouver la Nazionale. Bien que l'ayant eu sous ses ordres à la Fiorentina, Cesare Prandelli n'avait pas jugé bon de le convoquer pour l'Euro. Un choix on ne peut plus compréhensible.

Les qualités de Pazzini n'ayant pu s'évaporer d'un coup, on peut penser qu'il a encore cet instinct de buteur qui a fait de lui l'un des tous meilleurs attaquants de la Botte. Cependant, sa réussite, ou pas, chez les Milanais dépend de beaucoup de choses et en premier lieu de la manière dont il sera utilisé sur le terrain. Les offensives qui lui ont tant servi par le passé devront être reproduites et dans cette optique, il est clair que l'équipe lombarde n'aura pas à trop conserver le cuir en milieu de terrain, ni abuser des actions dans l'axe, mais passer plutôt par les côtés. Ce n'est qu'ainsi que leur numéro 11 pourra (re)exprimer l'étendue de son talent.

Que ça soit Ignazio Abate ou le jeune Mattia De Sciglio auront à prendre plus d'initiatives sur leur flanc droit, tandis que Luca Antonini apparait être la meilleure option sur l'autre côté. Ce dernier n'est peut-être pas le meilleur défenseur de la Serie A, mais ses vertus de contre-attaquant sont plus qu'utiles et apportent un danger permanent devant.

LES CHOIX DES ROSSONERI
LE RÔLE DU MILIEU:  Un milieu protecteur permettra aux latéraux de fournir à Pazzini le soutien dont il a besoin

D'autre part, si les Rossoneri ont pour but d'imposer une pression continue sur les arrière-gardes adverses, alors leur milieu de terrain a tout intérêt à être solide et fournir un partition collective irréprochable. Contre Bologne, le chevronné Massimo Ambrosini a démontré qu'il pouvait encore être d'une grande utilité sur ce plan-là et que sous son meilleur jour, il n'a pas vraiment d'égal à son poste en Italie. Ses deux coéquipiers dans l'entrejeu, en l’occurrence Antonio Nocerino et Nigel De Jong, le nouveau transfuge, auront à en prendre de la graine et fournir le même rendement. Leur tâche sera double puisqu'au-delà du rôle qu'ils auront à participer à la construction de jeu, il leur sera demandé de couvrir les montées de leurs latéraux. Enfin, en ce qui concerne Ricardo Montolivo, il est peut-être un bon manieur du cuir mais son apport dans la zone de vérité reste assez insuffisant pour contre-balancer son manque de polyvalence.

Au côté de Pazzini, Robinho devrait être utilisé comme un second attaquant, de la même manière que l'ont été Cassano et Eto'o par le passé. Le Brésilien est d'ailleurs le mieux placé pour offrir ce surplus, tandis que le Ghanéen Kevin-Prince Boateng est en mesure de fournir une menace supplémentaire dans le fameux rôle de trequartista. Alexandre Pato sera bientôt de retour de blessure, mais construire une équipe autour de lui revient à sacrifier pas mal de complémentarités et mettre des bâtons dans les roues de la machine lombarde. De toute façon, l'ex joueur de l'Internacional connait des blessures musculaires récurrentes et le Milan AC doit apprendre à faire sans lui. Cela dit, s'il revient en force et qu'il retrouve sa lucidité devant les buts, ça ne sera que benef' pour les Rossoneri.

On l'aura compris : il y a pas mal de choses qui peuvent contribuer à la réussite ou l'échec de Pazzini chez les Milanais. Cela étant, l'intéressé reste le principal maitre de son destin. Ses coéquipiers et son entraineur doivent prendre en compte ce qui a fait son succès par le passé, mais cela implique, sans nul doute, de vrais efforts du principal intéressé. Un peu comme ceux qu'il a fournis à Bologne le week-end dernier. Inutile de dire que les fidèles de San Siro signeraient tout de suite pour le voir rééditer ce genre de sorties à chaque rencontre. Et il n'y aura alors plus personne pour douter de son talent.

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