Ligue 1 - René Girard :"Mes joueurs ont faim"

Visiblement très heureux d'avoir repris les rênes de Montpellier, René Girard sse veut particulièrement ambitieux pour la saison prochaine. L'ancien sélectionneur de l'équipe de France espoir espère que grâce à un collectif plein d'envie et de détermination, Montpellier pourra finir réaliser une belle saison et pourquoi pas viser plus que le maintien.

Rene Girard - Montpellier's coach

Pourquoi avez-vous choisi Montpellier ?
C'est assez peu évident à exprimer. En fait, les choses se sont faites assez naturellement. J'étais redescendu dans le Sud, je suis revenu près de mes racines et les évènements ont fait que Montpellier recherchait un entraîneur. Le président Nicollin m'avait sollicité il y a quelques mois quand il a appris que Rolland Courbis ne voulait pas continuer l'aventure. Et puis je ne dirais pas que c'est purement affectif, mais je voulais m'orienter vers un club où j'étais bien, qui me ressemble et où on est bien à l'intérieur.

Les contacts avec Louis Nicollin remontent donc à plusieurs mois ?
Il m'a appelé durant la deuxième partie de la saison, mais ce n'étaient que des premiers contacts. Puis de fil en aiguille, les choses se sont précisées puis se sont faites. Mais je tiens à préciser qu'à la période où on discutait, Montpellier n'était pas encore en Ligue 1. Peu importait pour moi que le club soit en L2 ou en L1.

Avez-vous eu d'autres contacts ?
Je n'ai pas eu spécialement d'autres contacts. Disons que je ne suis pas du genre à être très demandé, mais que je suis surtout comme Saint Thomas et je ne crois que ce que je vois et il n'y a que Montpellier qui a eu un tel contact. C'était le contact le plus fort, là où on me désirait le plus.

Le poids de Louis Nicollin a donc été particulièrement important dans votre venue ?
C'est vrai qu'il pèse lourd (rires). Je viens de Nîmes, et dans la région, les deux clubs sont un peu des frères ennemis, mais je connais bien la maison. Et tout le club, la formation, les dirigeants, le président Nicollin et son fils ont mis en oeuvre pour que je vienne et que je vienne dans de bonnes conditions. Bien sûr, c'est lui qui m'a fait venir : il sait ce qu'il veut, il ne mâche pas ses mots. Je sentais bien cette aventure, j'y suis allé.

Comment appréhendez-vous la succession de Rolland Courbis ? Rolland est un très bon entraîneur, c'est lui qui a construit cette équipe et est parvenu à la faire remonter en Ligue 1. Mais maintenant, on passe toujours après quelqu'un, c'est le football. On s'appuie sur le passé, mais on ne vit pas avec, surtout pas avec des craintes. chacun a sa vision du jeu, il avait la sienne, j'ai la mienne.

Justement, quelle sera la vôtre ?
Tout entraîneur souhaite avoir un bloc-équipe solide sinon on n'avance pas. Dans l'animation, il faut conserver toutes les qualités dont on peut disposer et les garçons sont capables d'aller de l'avant. Parfois, en voulant se rassurer défensivement, on perd de ses qualités offensives, et vice versa. Je veux avant tout une équipe qui vive, qui soit animée.

Le fait d'avoir eu des contacts très précoces avec Louis Nicollin et de savoir que vous entraîneriez certainement l'équipe très tôt vous a-t-il aidé pour cette saison ?
Il est sûr que c'est un avantage, je n'avance pas en terrain inconnu. J'avais pris une année sabbatique après avoir quitté la direction technique, mais j'ai pris le temps justement de voir des matchs à Montpellier surtout, mais aussi à Nîmes ou en Espagne, à Barcelone. J'ai pu voir jouer l'équipe régulièrement quand les choses se sont précisées. Tout ça permet de disposer d'un temps d'avance notamment pour traiter les fins de contrat. Et dans ce domaine, les dirigeants ont vite fait et bien fait. Et puis c'est intéressant de savoir quelles sont les qualités et les défauts de son équipe et de s'appuyer dessus pour avancer. J'ai de grands espoirs avec ce groupe qui a beaucoup d'envie, de détermination et d'ambitions.

Qu'est-ce qui vous a le plus plu dans le défi montpelliérain ?
La volonté de travailler et de s'améliorer. Le MHSC est resté 5 ans sans L1 et sur un plan médiatique, recevoir Paris, Marseille, Bordeaux ou Lyon, c'est fabuleux. C'est un challenge excitant pour moi, même si ça ne sera pas simple. La façon dont l'équipe a acquis sa montée a laissé beaucoup d'ambitions et même si la première des choses est le maintien, on ne crachera pas sur un petit bonus et une place dans le ventre mou du championnat ou une place qui nous permettrait de travailler tranquillement tout au long de la saison.

Quelles sont selon vous les qualités de votre équipe ?
L'important, c'est de conserver les qualités de la saison dernière notamment (Montpeller avait terminé meilleure attaque de L2, ndlr), mais la Ligue 1, c'est un autre pallier. La force de cette équipe-là, c'est le collectif. J'ai des garçons qui ont faim et ça c'est très important. Il faudra introduire un peu plus de rigueur. De toute façon dans ce championnat, il faut être costaud défensivement. Mais si on peut garder ce pétillant en plus, il ne faut pas s'en passer. Il faut bien comprendre que ce sont deux championnats bien différents, mais qu'il ne faut pas perdre ses qualités. Ce groupe a pour lui une très bonne force de pénétration, il veut bien faire et aller de l'avant.

Vous parliez de prolongation et de renouvellement de contrat, celles de Montano ou Costa étaient particulièrement importantes pour vous ?
L'important était que les choses rentrent rapidement dans l'ordre. Il fallait garder les garçons au moins à moyen terme. Ainsi, ils ont l'esprit libre pour la suite de leur carrière. Ils savent qu'ils ont encore deux ou trois ans de contrat, ce qui est important pour de jeunes joueurs. Le groupe sera ainsi plus serein et concerné.

Vous vous projetez donc à long terme à Montpellier ?
Oui, ou au moins à moyen terme. Les dirigeants et le président ont bien travaillé pour que les joueurs soient engagés à moyen-terme. On va pouvoir travailler dans la sérénité.

Qu'en est-il de Bocaly et de Sabo ?
Les deux ont été récupérés par Marseille qui souhaitait les retrouver. A partir du moment où l'OM voulait les garder, on n'était pas en position de force. On aurait voulu les garder, mais le désir de Didier (Deschamps, ndlr) d'intégrer notamment Garry a l'entraînement, durant le stage de l'OM a compliqué les choses. On verra pas la suite.

Le mercato montpelliérain est donc terminé ?
On s'est donné du temps pour voir. On a pris 4 garçons  avec de l'expérience, non pas du point de vue du nombre de matchs, mais plutôt sur la Ligue 1. On essaiera peut-être de prendre des joueurs supplémentaires.

Justement, vous avez expliqué beaucoup compter sur ces joueurs d'expérience, notamment Geoffrey Dernis, pour encadrer les jeunes...
Je compte sur tous mes cadres, pas spécialement lui. Je pense notamment à Spahic qui a beaucoup de caractère et de charisme, ou à Jeunechamp dont l'expérience est importante. Dernis a un rôle de leader, une ligne de conduite intéressante et un tempérament de communicateur.

Après dix ans sans entraîner de club de Ligue 1, comment voyez-vous le championnat ?
Ce n'était pas vraiment une absence, de part mes fonctions, j'ai justement eu plus de recul. J'ai vu beaucoup de matchs, j'ai suivi les internationaux espoirs. Pour moi, le championnat n'est pas moins bon qu'avant, mais beaucoup moins expérimenté. Il y a beaucoup de jeunes joueurs intéressants, mais qui à 22-23 ans, comme Karim Benzéma, s'en vont ailleurs parce qu'on leur propose de meilleures conditions. Et cela affaiblit la Ligue 1. Tout cela n'empêche pas d'avoir un championnat de qualité, équilibré devant et derrière, agréable et palpitant, à l'image de la saison dernière... Mais quand on a les trois quarts des d'internationaux à l'étranger, c'est forcément pénalisant. En France, on a des équipes fraîches, mais les meilleurs partent et on ne peut rien faire. D'ailleurs il ne faut pas se leurrer, on voit les difficultés que l'on a au niveau européen et par rapport à d'autres championnats. Mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas-là...

Propos recueillis par Marie Ange Kostoff

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