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Par Hocine Harzoune

Depuis quelques semaines, l’actualité footballistique est phagocytée par une grosse sphère jaune que l’on essaye par tous les moyens de nous faire avaler. Impossible de digérer tranquillement les dernières nouvelles en provenance du front, il faut manger, manger et manger encore du Ballon d’Or. Jusqu’à en être ballonné. Un étouffe-chrétien, un étouffe-Cristiano.

Ballon dehors

Même s’il est très mal élevé de parler la bouche pleine, insurgeons-nous tout de même contre le Ballon d’or, cette récompense individuelle dans un sport collectif. Ce trophée prétendument prestigieux qui a su oublier quelques uns des plus grands joueurs du football à travers l’Histoire (Henry, Maldini, Raul, Baresi, Rijkaard, Giggs... mais nous y reviendrons).



 Le Ballon d’Or est subjectif. C’est une diva qui a ses coqueluches. De 1971 à 1985, Johan Cruyff et Michel Platini ont décroché trois Ballons d'or chacun. Franz Beckenbauer, Kevin Keegan et Karl-Heinz Rummennigge deux. Soit douze titres sur quinze pour seulement cinq joueurs. Aujourd’hui, le règne de Leo Messi s’annonce long et prospère. Avec les récentes règles, qui veulent que les journalistes ne soient plus les seuls autorisés à voter (2010) mais que les acteurs du foot soient aussi conviés à participer à cette grande « fête », le Ballon d’Or devient une industrie, une usine à rêves qui ne récompense plus que la qualité et le palmarès d’un joueur mais aussi ce qu’il véhicule, son aura. Un joueur comme Ronaldo, notoirement arrogant (sa façon de gérer la pression et d’emmagasiner de la confiance) risque de souffrir d’un gros malus d’image pendant encore longtemps.



Le Ballon d’Or c’est l’enfant trop légitime de deux monopoles. Celui de la Fifa sur le petit monde du football et celui du groupe L’Equipe, sur la presse sportive. Avec un tel pédigrée et une telle éducation, normal qu’il se croit tout permis. Personnellement, j’ai arrêté de suivre les pérégrinations de la baballe plaqué or en 2001, lors du sacre de Michael Owen en lieu et place de Raul. Les votants avaient considéré le fait qu’Owen avait remporté 5 trophées cette année là. Soit, mais peut-on compter le Charity Shield et le Community Shield (qui pour rappel se jouent sur un match) comme des titres à part entière ? Doivent-ils entrer en ligne de compte au moment du scrutin ? En 2002, le lauréat fut Ronaldo, blessé les trois-quarts de la saison, mais pourvoyeur de matière pour une piètre chronique d'un transfert annoncé au Real, alors que Roberto Carlos avait remporté la Ligue des champions et le Mondial et que Thierry Henry sortait d’une saison pleine…

Coup de pied au culte



C’est ça, le pouvoir du Ballon d’Or : distordre la réalité comme une boule à facettes qui torture la lumière et transforme ce qui est clair, net, en du flashy, de l’ « Eye Candy ». En 2002, le Ballon d’Or était, à tous les sens du terme, boiteux. Il n’a jamais bien rectifié sa démarche depuis. Qu’un joueur comme Ryan Giggs ne l’ait jamais eu me pose un problème aussi moral que logique. Hier encore, à bientôt 39 ans, le Sorcier Gallois a brillé avec les baby Red Devils dans un match épique. Lui qui a désormais marqué à chacune de ses 23 saisons avec Manchester United. Bientôt 1000 matchs officiels avec un seul club. Le buteur le plus âgé de la Ligue des champions. Meilleur joueur de l’Histoire de ce club mythique... Et puis osez contester que son palmarès en équipe nationale à quelque chose à envier à ceux de Ronaldo et de Messi ! Et bien désolé, mais il ne l’aura pas. C'est aussi ça le Ballon d'Or, un coup de pied au culte. Le nom de Giggs ne sera jamais inscrit qu’au panthéon des Rois maudits, où il sera toujours en excellente compagnie.

Ce trophée, c’est désormais le symbole de la déchéance du football contemporain, la célébration de l’individualisme dans le sport. Ce n’est plus une élection, ce n’est plus qu’une récompense subjective à la Miss Monde avec Sepp Blatter en Geneviève de Fontenay adepte de maquillage outrancier et de cérémonies somptuaires. Ce n’est plus un Ballon d’Or, mais un Veau d’or. Une offrande aux dieux du spectacle. Un sacrifice collectif en forme de récompense individuelle.





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