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Par Joseph Ebequoi

"Les passeurs", dit comme ça on s’attend à une chronique sur les vendeurs de cauchemars qui essaient de faire entrer illégalement des personnes dans un territoire donné. Il s’agit ici des passeurs décisifs, des auteurs de la dernière passe, ceux qui permettent aux attaquants de faire entrer la balle dans un territoire donné de manière totalement licite et parfois illicite (Inzaghi, né hors-jeu). Ces donneurs d’offrandes ne sont pas assez récompensés pour leur contribution au but. Souvent délaissés par le buteur lors de la célébration, les passeurs sont à l'essence du (beau) jeu. Faire la passe est une deuxième profession chez certains footballeurs, plus qu'un métier pour d'autres. Voyons qui est le maître de la passe en Europe.

"Tout lasse, tout casse, tout passe"

Que serait Filipo Inzaghi sans Pirlo sans Seedorf ou Rui Costa ? Que serait Raul sans Zidane ? Qu'aurait été Van Persie sans Fabregas, Milito sans Sneijder ? Les exemples ne manquent pas. La passe parfaite égale but. La dernière passe est une chimère. Souvent utilisée lorsqu’une équipe n’arrive pas à débloquer une situation, ou à concrétiser ses nombreuses situations de but, l'expression "dernière passe" n’est pas « res » « communis » c’est-à-dire elle n’appartient pas à tout le monde. Cette dernière a un usage exclusif, prisée de par sa difficulté et beauté une fois réalisée. Peu de joueurs peuvent se vanter d’avoir servi un Van Nilsterooy ou un Samuel Eto'o sur un plateau en or. La passe décisive est un cadeau provenant d’une action pré-visualisée dans la tête du passeur avant qu’elle ait lieu. L’ « assist » comme disent les anglais est un mélange de précision et de générosité, un don (dans les deux sens du terme) fait à un coéquipier.

Un coéquipier, qui une fois buteur à tendance à omettre de remercier son samaritain. Les célébrations actuelles (de plus en plus égoïstes) ne font pas honneur aux vrais héros du terrain. Nettoyer les chaussures du buteur, quel paradoxe ! L’euphorie que procure un but peut amener à faire n’importe quoi. Le cireur footballeur se charge de masser les pieds de son coéquipier qui vient de faire trembler les filets. Un genou à terre, le pied de son coéquipier sur l’autre, le cireur des terrains verts est accoutumé aux belles pointures et aux pieds carrés. Oui paradoxe donc, car ceux qui doivent se faire brosser les crampons sont les passeurs. Ceux qui amènent le but de par leur altruisme voire leur charité pour certains. Disons-le sans ambiguïté, faire marquer Messi est moins difficile que faire marquer Brandao. Qui sont ces héros de l’ombre ?

Les différents styles de passeurs : le mouchoir de poche

Il y a certains passeurs décisifs qui délivrent des bijoux dans des situations très difficiles. Iniesta et Xavi sont des sérials passeurs de poche. Capables de donner un ballon de but dans n’importe quelle position dans le camp adverse. Généralement au sol, ce genre de passeurs préfère la précision à la puissance. Dans un mouchoir de poche, devant une densité de défenseurs, la passe décisive qui s’annonce impossible est réalisable par une infime quantité de joueurs.  

Comme autre exemple, le belge Eden Hazard est l’exemple du passeur généreux. Celui qui préfère faire marquer que marquer. Xavi et Iniesta ne le contesteront pas non plus, faire une belle passe est comme mettre un but pour eux. Ces distributeurs automatiques de caviars penchent plus pour l’ombre que la lumière.

Les quaterbacks et les  « omnistuens »

Les quaterbacks sont des snipers. Les quaterbacks sont des joueurs capables d’envoyer une passe de leur propre camp vers un attaquant. Une passe qui s’avérera décisive tant l’exactitude, tant la précision sera sans égale. Ronaldo (le brésilien) lorsqu’il jouait au Real Madrid avait déclaré au sujet de David Beckham après avoir mis un but de la tête sur le centre de l’anglais. « Son centre était tellement bon que je n’avais pas besoin de bouger la tête ». La classe non ?

Le quart-arrière au football est un joueur adroit. Beckham , Gerrard ou encore Lampard pour ne citer que quelques uns, une spécialité anglaise donc ? Peut-être ! Les joueurs anglais ont un faible pour les transversales, cela ne date pas d’hier. L’école anglaise prône le jeu long lors des relances défensives contrairement à l’école espagnole qui penche plutôt pour le jeu court. Des évidences qui ne sont plus à démontrer mais à louer. Les deux écoles se valent et doivent être célébrer à leur juste valeur. Il n’est pas étranger de voir des espagnols manier les transversales "à la Beckham" avec perfection ou des anglais friands du jeu court comme Jack Wilshere. Xabi Alonso allie parfaitement la fusion entre ces deux écoles. A propos de merveille, jetez un œil sur la passe de "Steve-G" pour Luis Suarez lors de la victoire 3-0 face à Sunderland en Premier League lors de la 21e journée. 

Les  « omnistuens », du latin omnis (« tout ») et tueor (« voir ») signifiant celui qui voit tout. Les passeurs qui voient tout sont rares. On en a sélectionné quelques-uns. Zinedine Zidane avait la vision de Pierluigi Colina. L’ancienne gloire des Bleus pouvait faire briller n’importe quel attaquant du plus technique au plus rustre. Sa spéciale conclure un passement de jambes par une passe de l'extérieur du pied, on aurait aimer voir ses coéquipiers célébrer en criant : "Merci Seigneur" en s'adressant à Zizou. Il se positionne naturellement comme le meilleur passeur de tous les temps. Comment oublier Ronaldinho ? Il incarne aussi la bonté, la largesse, la magie, le partage. Ronaldinho, c’est la définition d’Unicef, c’est "donne et je te rendrai en plus beau". Il a œuvré pour transformer la passe en un geste exclusivement réservé aux joueurs doués. Surdoués comme Andrea Pirlo ou Guti Hernandez qui eux aussi ont donné ses lettres de noblesse à la passe décisive en toute légèreté. La célèbre talonnade de Guti pour Benzema contre le Deportivo la Corogne (3-1) en 2010 est un hymne au partage et au jeu collectif.    

Et si on commençait tous à se rappeler non seulement du buteur mais aussi du passeur décisif...

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