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Julien Laurens, notre éditorialiste pendant l'Euro, fait le point sur ce qu'il s'est passé dans le vestiaire des Bleus.

 Julien Laurens
 Euro 2012 Editorialiste
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Il y a presque deux ans jour pour jour, l'ouragan Knysna s'était emparé de l'équipe de France de football. Grève, insultes, altercations: le visage montré par les joueurs tricolores en Afrique du sud lors du Mondial 2010 avait humilié tout un pays, choqué le monde entier et couvert de honte tous les protagonistes. Mardi soir, dans le vestiaire des Bleus après la défaite face à la Suède (2-0), d'autres incidents ont éclaté entre les joueurs. Cela n'a duré que 10 minutes mais ça a été violent. Alou Diarra a surement été le plus virulent. Il a pris la parole pour faire passer son message de mécontentement et de dégout. Il a crié fort, s'est énervé, s'en est pris à plusieurs de ses partenaires sur leur manque d'implication, de motivation et d'esprit collectif.

Les critiques ont fusé, les insultes aussi. Certains des joueurs ont été tout proches de se battre. C'est parti dans tous les sens, aux quatre coins du vestiaire. Ca a chauffé entre Hatem Ben Arfa et Samir Nasri, entre Diarra et Nasri. Laurent Blanc a lui eu des mots durs avec Philippe Mexès, dont le carton jaune stupide va le priver du quart de finale face à l'Espagne samedi. Franck Ribéry a tenté de calmer tout le monde mais le vestiaire était comme possédé !
Florent Malouda a aussi élevé la voix. Le Guyanais était au coeur de cette explication plus que musclée. «Ce que j'ai vu a réveillé en moi quelques démons. Je ne parlerai pas du jeu, mais des attitudes, ce qu'on dégage. A chaud, on peut faire beaucoup de mal en balançant des fusées et des missiles. Si on avait eu l'état d'esprit de la Suède, on aurait pu perdre, mais on ne se serait pas réveillé avec la gueule de bois. Normalement, dans un vestiaire il faut quelque fois s'envoyer des rafales» a-t-il dit mercredi pour raconter ce qui s'était passé dans ce vestiaire.

Même si l'amalgame est tentant, il n'y a cependant rien à voir entre 2010 et 2012. Ce qui s'est passé à Kiev mardi n'est pas Knysna, loin de là. Knysna était la chute d'un système, celui de Raymond Domenech. C'était une fracture et l'affrontement des joueurs avec leur sélectionneur qu'ils ne supportaient plus. Là, c'est différent. Certes, il y a des problèmes relationnels. Samir Nasri concentre beaucoup de critiques et de rancune de la part de ses coéquipiers, pour son caractère mais aussi pour son attitude sur comme en dehors du terrain. Il y a beaucoup d'égos dans cette équipe de France. Trop d'égos peut-être même mais surtout trop de joueurs qui n'acceptent pas les critiques et qui placent leur intérêt individuel avant le collectif. «En voulant être le héros, on s'éloigne du groupe. Si on se dit que l'Euro c'est l'occasion de briller individuellement, cela peut être contagieux et faire dérailler la machine. Si on ne corrige pas ça, avec ce qui arrive, l'addition peut être très, très salée» a rappelé Florent Malouda mercredi. Pour autant, il ne faut pas stigmatiser ces comportements. Des explications de vestiaires où les insultes fusent, cela arrive tout le temps, partout, même le dimanche matin entre potes. Les Allemands sont coutumiers du fait et cela ne les empêche jamais d'aller loin dans les grandes compétitions. Cela montre aussi que les Bleus actuels ont du cœur et qu'ils ont voulu réagir.

Par le passé, notamment lors du Mondial 2006, on avait vu des altercations, notamment celle légendaire entre Zidane et Gallas sur la pelouse face à la Suisse. Cette équipe-là avait fini vice-championne du monde. Cela démontre bien que ces problèmes peuvent aussi faire avancer un groupe. «Cela ne peut-être que positif» a dit Alain Boghossian, jeudi matin. L'adjoint de Laurent Blanc a raison. Cela pourrait être une énergie supplémentaire pour la rencontre face à l'Espagne. Blanc va surement s'en servir pour motiver ses hommes pour ce qui est peut-être le match le plus important de cette génération et de son entraîneur.
 

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