EXCLU GOAL - Nicolas Douchez : "Au PSG, j'ai appris à voir mon métier différemment"

Capitaine du RC Lens, Nicolas Douchez s'affirme comme un leader naturel dans le vestiaire du club nordiste. Un statut qu'il doit en partie à son expérience au Paris Saint-Germain.

Ancien gardien de Toulouse également passé par Rennes, Nicolas Douchez sort de cinq années enrichissantes au Paris Saint-Germain. "Là où tout le monde voulait être", dit-il. Pourtant, et alors qu'il arrivait dans la peau d'un n°1 en 2011, le nouveau capitaine du RC Lens a fini n°2 puis n°3 dans la hiérarchie des gardiens de but du club de la capitale. Derrière Salvatore Sirigu d'abord, puis Kevin Trapp, ensuite. Une expérience qui lui a permis de porter une réelle réflexion sur son métier. Pour Goal, l'ancien portier du PSG (36 ans) revient sur son expérience parisienne et s'exprime sur son "leadership" naturel au sein d'une équipe lensoise qui ambitionne de monter en Ligue 1 au terme de la saison.

Passer de n°3 au PSG à n°1 à Lens, on vous imagine épanoui ?

Nicolas Douchez : Je suis venu à Lens pour retrouver cette sensation. C'est quelque chose qui me manquait. Même si certaines personnes peuvent penser le contraire, j'ai pris énormément de plaisir pendant les cinq années que j'ai passées à Paris et je voulais retrouver le plaisir de jouer avant qu'il ne soit trop tard.

Quand vous signez à Paris, vous êtes proche de l'équipe de France... À quel moment vous dites-vous que vous n'êtes pas si mal au PSG ?

Je me dit ça très rapidement. Aussi bizarre que cela puisse paraître, je n'ai jamais regretté ce choix d'aller à Paris. Je pense que j'aurais eu des regrets si je n'avais pas tenté l'aventure parisienne et même si ça ne s'est pas déroulé comme je l'avais imaginé au départ, j'ai réussi à prendre énormément de plaisir parce que je me suis retrouvé dans un endroit où tout le monde aurait voulu être. J'ai cotôyé des joueurs qui m'ont fait découvrir un autre métier avec une exigence et une façon de travailler que je ne connaissais pas.

Ces cinq années à Paris vous ont-elles autant appris sportivement qu'humainement ?

Je pense que dans chaque endroit où je suis allé, je me suis enrichi. J'ai appris de tous les coaches que j'ai eus, j'ai appris de tous les entraîneurs de gardiens que j'ai eus, j'ai appris de mes partenaires. Mais à Paris, j'ai eu la chance de voir ce qui se fait au haut niveau. Même si Rennes ou Toulouse sont de très bons clubs de Ligue 1 avec lesquels j'ai accédé à la Coupe d'Europe, Paris a un standing différent et une exigence différente.

Vous arriviez comme n°1, puis Sirigu a signé et s'est imposé après votre blessure. Avez-vous dû revoir vos objectifs à la baisse ?

Il y a eu cette blessure et l'arrivée de Salvatore Sirigu, mais je n'ai pas eu besoin de revoir mes objectifs. Je n'ai jamais vu les choses comme ça parce que j'ai toujours eu comme objectif de retrouver une place et de jouer. Ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de bruit dans les médias en réclamant une place de titulaire qu'on n'est pas ambitieux. L'ambition de jouer, je l'ai toujours eue. En revanche, dans ma façon de voir les choses, il y a un moment où le collectif était plus important et je n'avais pas envie d'étaler mes états d'âme ou ma déception auprès de tout le monde. C'était mon problème, c'était à moi de le gérer. L'important c'était que le groupe vive bien et que Salvatore fasse de bons matches. J'avais envie de remporter des choses avec Paris. Avec lui ou moi dans les buts, l'envie de gagner était la même. J'ai remporté des titres sans être sur le terrain et ça ne m'a pas empêché de les savourer.


"À Lens, je savais que j'allais être un peu plus qu'un joueur"


Cette notion de groupe, vous la mettez aussi en valeur au RC Lens. Endosser ce rôle de leader naturel est-il quelque chose que vous appréciez ?

C'est quelque chose qu'on doit assumer ou non. En venant à Lens, je savais que j'allais être un peu plus qu'un joueur vu mon parcours, la jeunesse du groupe et le rapport que j'ai avec le coach (Alain Casanova, ndlr). Mais ça ne me dérange pas. Je prends du plaisir à essayer de donner tout ce que j'ai pu apprendre dans ma carrière.

Kévin Fortuné dit de vous que vous trouvez toujours les mots justes. Ça doit vous faire plaisir d'entendre ça, non ?

Il vaut mieux ça que l'inverse (rires). Ça fait vraiment plaisir, mais encore une fois je le fais naturellement. Je ne prétends pas avoir la bonne parole, être celui qui a réponse à tout. Je peux me tromper. Ce n'est pas parce que j'ai un certain vécu que j'ai raison sur tout, mais si quelque fois j'ai raison et que ça peut les aider, c'est très bien.

On vous colle l'image du grand frère du vestiaire...

C'est un peu ça. Je suis le plus âgé. J'ai un peu cette image, certainement. Mais ce n'est pas un problème. C'est toujours bien de pouvoir aider quand on peut et je prends beaucoup de plaisir, comme j'ai pu le faire durant toute ma carrière, à apporter un petit plus à ce groupe sur et en dehors du terrain.

Quand Alain Casanova vous a proposé le brassard de capitaine, avez-vous immédiatement accepté ?

On n'a pas à accepter ou refuser le brassard. La seule chose qui est sûre, c'est qu'avec ou sans le brassard je me serai comporté de la même façon. Le brassard, c'est un plus aux yeux de tout le monde, et peut-être aussi pour mes partenaires, mais je n'ai pas besoin de ça pour prendre la parole si j'en ressens le besoin.

L'attitude que vous adoptez n'est sûrement pas la même dans le vestiaire lensois que dans celui du PSG...

Disons qu'à Paris, ce n'était pas la même chose. Mais si j'avais besoin de m'exprimer, ce n'était pas un souci.

Le fait d'avoir partagé le même vestiaire que Zlatan Ibrahimovic ou Thiago Silva, par exemple, a sûrement enrichi votre bagage de leader naturel...

C'est certain. Grâce à ces gens-là, j'ai appris à voir mon métier de manière différente. Ce sont des joueurs qui ont acquis un niveau extraordinaire et quand on les côtoie au quotidien on comprend pourquoi ils ont ce niveau. Ce n'est pas un hasard s'ils en sont là. Ils mettent tout en œuvre pour être les meilleurs.


"Si mes coéquipiers ressentent le besoin d'en savoir plus sur les grands joueurs..."


Quand vous dites que votre vision du métier a changé, de quelle manière cela se traduit-il ?

Je me dis que quand j'étais à Rennes, même si j'étais quelqu'un de travailleur, j'aurais pu peut-être travailler différemment et un peu plus. Quand on est dans un club comme Paris, au sein d'un groupe comme celui que j'ai eu la chance de côtoyer, on se rend compte que c'est un vrai métier. La priorité, c'est de voir le football comme un métier. Et après on voit le reste. Il faut se préparer, se soigner correctement, prendre soin de soi et tout mettre en œuvre pour être performant.

Est-ce un discours que vous cherchez à avoir auprès des jeunes du RC Lens ?

C'est un discours que j'ai auprès des joueurs qui ont envie d'en parler. Je ne vais pas aller voir tout le monde et leur en parler. Si les mecs ressentent l'envie, par curiosité ou par nécessité, d'en savoir un peu plus sur les grands joueurs et que je peux leur filer un coup de main pour leur futur, je le fais avec grand plaisir.

Les propos que vous tenez pourraient être ceux d'un éducateur, au centre formation du RC Lens par exemple. Est-ce un projet pour la suite ?

Je n'ai pas encore basculé sur l'avenir, même si l'après-carrière approche. Aujourd'hui, je ne peux pas dire que je suis parti pour avoir ce rôle d'éducateur. On verra ce qui se passera, quelle voie je serai amené à prendre. Mais en tant que joueur, je prends beaucoup de plaisir à aider mes partenaires à progresser.

Ce jeune groupe lensois, justement, peut-il réaliser quelque chose de beau cette saison ?

Je suis convaincu qu'il y a quelque chose à faire. Ce groupe a un vrai potentiel. Il y a des joueurs prometteurs. Les résultats commencent enfin à arriver. Le coach a faconné son groupe comme il le voulait. C'est en train de prendre forme et je suis persuadé qu'on a l'équipe pour monter.

Retrouver la Ligue 1 est donc bien l'un des objectifs majeurs de votre fin de carrière...

C'est l'objectif ! Avec le groupe, j'ai des objectifs de résultats, mais mon objectif premier est de rejouer en Ligue 1. Un petit retour serait sympa. Ça me permettrait de faire une sorte de tournée d'adieux. Je pourrais retourner au Parc, au Stadium et bien sûr au Roazhon Park.

Propos recueillis par Benjamin Quarez