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Julien Laurens, notre éditorialiste, revient tout ce qui a changé au sein de l'Equipe de France depuis la Coupe du Monde 2006.

 Julien Laurens
 Euro 2012 Editorialiste
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«Un pour tous et tous pour un». L'équipe de France n'en est pas encore tout à fait à appliquer à la lettre la devise des Mousquetaires d'Alexandre Dumas mais elle s'en approche de plus en plus. Depuis 2006 et le fameux «on vit ensemble, on meurt ensemble» de la bande de Zidane, on n'avait pas vu un groupe Bleu aussi uni et heureux de cohabiter ensemble, prêt à se sacrifier les uns pour les autres. Cela faisait des années que les grands tournois étaient marqués par des tensions et des dissenssions au sein même de l'effectif français ou au moins entre le staff technique et les joueurs. En 2006, lors de de la Coupe du monde en Allemagne, Raymond Domenech et son capitaine Zinedine Zidane ne se parlent pas. Il n'existe aucune relation entre eux. Pas d'échanges, pas de communication, pas de discussion tactique ou autre. Le patron, c'est Zidane et c'est lui qui commande le navire bleu. C'est comme ça qu'ils atteignent la finale, perdue aux tirs au but face à l'Italie. De la même manière, Fabien Barthez est lui aussi en totale opposition avec Bruno Martini, l'entraîneur des gardiens à l'époque. Les soucis entre le staff et les joueurs cadres et stars de l'équipe n'ont clairement pas entravé le bon rendement de l'équipe de France mais cela n'a pas aidé non plus.

En 2008, on est revenu à des choses plus communes: l'affrontement des générations. D'un côté, il y a les plus âgés sur le déclin (Thuram, Makelele et Sagnol notamment) et de l'autre il y a les jeunes qui montaient (Benzema, Nasri). Et bien sûr, ça clashe, plusieurs fois même. L'anecdote la plus révélatrice est bien sûr déjà une histoire de bus, quand Samir Nasri s'assoie à la place «réservée» à Thierry Henry. Après une vive altercation, Nasri finit par la lui rendre mais Henry n'apprécie pas du tout et cet incident donne le ton pour tout le reste de la compétition. En 2010, c'est bien sûr dans un autre bus que tout s'est passé. Personne n'a oublié cette grêve des joueurs, refusant de s'entraîner pour protester contre l'exclusion de Nicolas Anelka après son embrouille avec Raymond Domenech à la mi-temps de France - Mexique. Aux yeaux du monde entier, les Bleus se ridiculisent, entraînant la honte de tout un peuple.

Mais depuis son arrivée, après le fiasco de Knysna, Laurent Blanc est lui parvenu à unifier tout le monde et à créer une véritable belle atmosphère au sein du groupe. Ce n'est pas un hasard si en 2006, 2008 et 2010, le sélectionneur était Raymond Domenech, un technicien qui a souvent cherché le conflit, enfermé dans ses certitudes et dans son arrogance. En 2010, il s'était coupé de son groupe, n'adressait plus la parole à aucun joueur. Il prenait même ses joueurs de haut, comme s'il avait perdu la tête. Avec Blanc, tout est différent. Les joueurs le respectent, l'admirent. N'oublions pas qu'en 1998, quand il soulève la Coupe du monde, M'Vila n'a que 8 ans, Benzema 10, Nasri 11, Mexès 16! Blanc a une aura qui fait que le groupe l'écoute. Il a changé les règles de vie. Les joueurs n'ont plus droit au portable à table, ne portent plus leurs écouteurs d'i-pod en public. Il a ouvert le groupe aux médias également, tant au niveau des conférences de presse qu'au niveau des entrainements.

Un indice de la bonne humeur qui règne dans ce groupe ? Quand le sélectionneur donne deux jours de repos, les 2 et 3 juin, à ses joueurs avant le départ pour l'Euro, ils n'ont qu'une envie, revenir à Clairefontaine retrouver leurs potes. Autre indicateur? Le soir après le diner, alors qu'en 2010 et en 2008 les joueurs étaient pressés de quitter la table pour remonter dans leurs chambres, là, ils restent longtemps après le dessert, tous ensemble, pour discuter dans la salle de restaurant. Ce sont des signes qui ne trompent pas. Lors des parties de Playstation ou de ping pong, au 4e étage de leur camp de base de Kircha emprunté au Chakhtior Donetsk, on entend rigoler et converser. Pareil à la pétanque où la triplette de gardiens Lloris - Carrasso - Mandanda règne sans partage. Malgré tous les égos, Blanc à su unifier tout le monde. Il a bénéficié de beaucoup d'aide de la part de son adjoint Jean-Louis Gasset, devenu une figure paternelle pour toute cette génération. Il est très proche des joueurs et il sert également d'unificateur.

Blanc a également réussi à redorer l'image des Bleus aux yeux du public. Il avait toujours dit que seuls les résultats y parviendraient. Avec une série d'invincibilité de 23 matchs et un excellent début d'Euro, la cote d'amour de l'équipe de France remonte en flêche. Même la petite polémique autour de Samir Nasri et de son désormais fameux «Ferme ta gueule» après son but face aux Anglais n'a pas atténué la nouvelle relation d'amour entre les Tricolores et leur public. D'ailleurs, on le voit: le supporters ne regardaient plus les matchs à la télévision. Ils sont revenus devant leur poste. Face à l'Angleterre, ils ont été à un moment plus de 14 millions devant leur écran. Il y a aussi eu une campagne de communication offensive et plutôt intelligente de la part de la fédération pour fidéliser les fans. La FFF a souvent eu sa part de responsabilité dans les problèmes existentiels des Bleus depuis six ans mais là, force est de reconnaître qu'ils ont fait les choses bien.

Avant le début de la compétition, Florent Malouda avait eu ses mots pour expliquer la recette principale pour faire un bon tournoi: «Il faut se préparer à souffrir quelle que soit sa qualité individuelle et collective. Il faut être capable d'aller au delà de ses limites et c'est à ce prix que l'on peut être récompensé. En équipe de France,la compétition la plus éprouvante mentalement et physiquement a été la coupe du monde 2006, et cela correspond au plus beau parcours auquel j'ai participé en bleu. C'est vraiment ça l'idée. De tout donner et de se sacrifier pour son équipe et ses coéquipiers. Si il n'y a pas ça, on arrivera à rien.» On dirait bien que les Bleus de Laurent Blanc sont en train d'y parvenir. Et ils pourraient être de plus en plus difficiles à battre avec cet état d'esprit.

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