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Dans le système des Manchester City, Yaya Touré est indiscutable. Mais aussi une problématique à résoudre pour Pellegrini, pour le match contre le Barça.

Dans une certaine mesure, Manchester City et le FC Barcelone se ressemblent en 2014. Pas dans la forme. Manuel Pellegrini a privilégié cette saison un 4-4-2 tendant parfois vers le 4-2-3-1, surtout avec Jovetic, tandis que le 4-3-3 du Barça est immuable, même sous Tata Martino. En revanche, leurs styles se rejoignent. Xavi Hernandez, Andres Iniesta et Pedro, dans des interviews, ont dit apprécier le jeu de City, proche du leur. Une préférence pour la possession, couplée à un vrai potentiel en contre-attaque, encore plus prononcé chez les Catalans récemment. La victoire 4-1 à Séville il y a dix jours est passée notamment par des accélérations soudaines à la récupération du ballon qu’on ne leur connaissait plus vraiment avant l’arrivée du coach argentin cet été.

La différence de système entre les deux équipes influe sur le fonctionnement de la contre-attaque. Manchester City aime jouer autour d’un de ses deux attaquants pivots, Alvaro Negredo ou Edin Dzeko, pour ensuite exploser sur les ailes, particulièrement avec Jesus Navas. C’est ainsi que les Citizens l’avaient emporté contre Liverpool fin décembre à l’Etihad. Chez les Blaugranas en revanche, pas d’avant-centre, pas de costauds, mais un art de la passe, du dribble et surtout une grande coordination autour de Lionel Messi. Fabregas ou Iniesta exécutent la première passe verticale, laissant ensuite le soin au trio sud-américain Neymar - Messi - Sanchez ou à Pedro de finir l’action.

La réussite d’un jeu de contre-attaque demande une capacité à opérer rapidement sa transition offensive, à dépasser le replacement de l’adversaire. Elle requiert une condition physique optimale, parce qu’il faut courir plus vite et plus souvent que l’opposition. Avant tout, il s’agit de faire les bons choix de passe. De la discipline, du travail et de l’application, des exigences pas vraiment imaginatives qui expliquent en partie que le contre comme plan de jeu principal soit parfois considéré comme dégradant ou limité. “Park the bus” (garer le bus devant le but) disent les Anglais pour moquer les équipes qui attendent bas sur le terrain afin de prendre de vitesse l’adversaire à la perte du ballon.

Manchester City et le FC Barcelone sont des équipes largement aimées aujourd’hui, en particulier par les neutres, parce qu’elles pratiquent un football qui plaît. Certes, elles peuvent contre-attaquer, mais leur jeu est d’abord basé sur les situations d’attaque placée, se positionnant haut sur le terrain. Dans ce cadre-là, l’enjeu est de dépasser l’adversaire, non pas durant la transition quand les pièces de l’échiquier retournent protéger le roi, mais de battre le camp ennemi alors que le roi est bien gardé et que toutes les pièces sont déjà placées correctement.

Manuel Pellegrini et Tata Martino peuvent défaire ce genre de défense parce que leurs pièces sont généralement meilleures que les autres. Ils peuvent abandonner des sécurités, prendre plus de risques. Si en face, il y a plus de pions qu’autre chose, la tâche devient plus aisée. C’est ce qu’a fait Manchester City cette saison, vivant ainsi certaines déconvenues (contre le Bayern Munich et Chelsea à domicile notamment), et ce qui ne sera pas possible dans un match éliminatoire pour Pellegrini. Les pièces barcelonaises sont bien trop sérieuses pour être ignorées.

Depuis plusieurs saisons, et quel que soit l’entraîneur, Yaya Touré est indéboulonnable au milieu de terrain des Citizens. Devant la défense ou derrière les attaquants, il a toujours été un acteur majeur des dernières campagnes de son équipe. La reine de l’échiquier bleu ciel. Récemment élu meilleur joueur africain de l’année 2013, Touré est un des joueurs les plus complets actuellement. Puissant, doué techniquement, studieux (il prend des notes sur ses adversaires), l’ancien de Monaco semble parfois être l’idéal de ce que serait un footballeur. En phase offensive en tout cas.

En phase défensive, c’est moins vrai. L’investissement de Touré est moindre lorsque son équipe n’attaque pas. Quand Manchester City a reçu Chelsea en championnat, et que les courses verticales de Yaya Touré n’ont pas fait la différence, les joueurs de Mourinho en ont profité pour multiplier les envolées en contre-attaque, aidés par le replacement insuffisant de Touré. Seul, et manquant de vivacité face aux flèches de Chelsea, Demichelis était comme un spectateur devant le passage de la patrouille de France. Deux fois, aussi, Yaya Touré, en retard, a laissé son adversaire direct frapper : Branislav Ivanovic sur le but de Chelsea, et Nemanja Matic pour un tir qui s’est écrasé sur la barre transversale des Skyblues. Les Londoniens ont accumulé les occasions.   

Touré n’est pas seul responsable de cet échec. Les failles d’un joueur peuvent être compensées ou au moins nuancées par un mécanisme tactique. City aurait pu jouer plus haut, presser de façon plus agressive à la perte du ballon pour éviter de donner autant d’espaces et de libertés à Hazard et aux autres. Mais la problématique posée par Yaya Touré est justement là. Malgré son profil formidablement complet, ses élans offensifs nécessitent une compensation tactique que le double pivot de Manuel Pellegrini n’a pu accomplir, jusqu’ici. En Premier League, le duo Fernandinho - Touré est suffisant (Fernandinho n’est pas lui non plus un milieu défensif, il jouait plus haut à Donetsk), parce que City marquera la plupart du temps plus de buts que l’opposition.

Face au Barça, Touré et tout le collectif de City n’auront pas ce droit au relâchement. La forme de Lionel Messi est revenue, et avec lui cet incroyable talent de sublimer le moindre espace abandonné par l’adversaire entre ses lignes. Les hommes de Pellegrini, qui aiment confisquer le ballon, seront forcés de faire sans plus que d’habitude face au Barça. Le 4-4-2 est un module parfait pour défendre sur toute la largeur, moins pour contrecarrer les passes verticales, spécialité catalane parfois cachée par les passes latérales, il est vrai bien plus nombreuses.

À domicile, Pellegrini voudra sûrement affirmer la force et le résultat de son travail, et continuer avec un système courageux. Après tout, “l’Ingénieur” a été le seul à faire briller Juan Roman Riquelme en Europe. Néanmoins, l’ajout d’un milieu contre le Barça est une question qui se pose. La performance de Javi Garcia lors de la revanche contre Chelsea en Coupe d’Angleterre ce week-end encougera peut-être son coach à le titulariser. Parmi les milieux dont Pellegrini dispose, l’ancien de Benfica est le seul avec de telles qualités d’anticipation et d’intelligence dans le pressing. Pour libérer Yaya Touré offensivement et ne pas se noyer sous les vagues de Messi et de Neymar, Javi Garcia est sans doute le plus apte. Dans cette partie d’échecs européenne, Manuel Pellegrini devra choisir quel degré de sécurité fixer et quels risques prendre.


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