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Face au PSG, le Barça a montré ses limites et n’a laissé aucun doute sur le fait qu’il n’est plus l’armada invincible que nous connaissions…

Par Hocine Harzoune

Le chauvinisme élémentaire veut que nous glorifions l’exploit parisien, éliminé sans perdre face au grand Barça. Sauf que ce Barça là, justement, il n’est pas très grand. Enumération non exhaustive des défauts du Barça Vilanova qui ne peut plus se cacher derrière l’épouvantail de la Messi-dépendance et qui doit regarder sa régression en face.

Un manque de Pep’s

Des différences par rapport au Barça de Guardiola, il y en a à la pelle et elles sautent littéralement aux yeux. Le positionnement notamment sans ballon, la vitesse d’exécution et le rythme désormais plus lents, la ligne défensive plus basse et moins bien alignée, les courses entre les lignes moins tranchantes et moins nombreuses, le travail des ailiers souvent agglutinés dans l’axe et se marchant dessus, sans oublier le manque de surprises tactique avec un format unique et quasi caricatural (ah ce 3-7-0 contre Santos en finale du Mondial des clubs…). Et surtout, on a l'impression que pour Vilanova, c'est le talent des joueurs qui fait la différence alors que pour Guardiola, il n'était qu'un outil parmi d'autres au service du jeu.



Les blessures ont bien sûr eues un rôle mercredi soir. Le jeu long depuis l’arrière, sans Mascherano, en a pris un coup. La présence d’Adriano en défense centrale n’a pas donné suffisamment de garanties (Cristophe Jallet en a souvent profité sur son flanc en sollicitant des ballons dans la profondeur même s’il n’a pas toujours été servi). Impossible également, dans cette configuration, d’utiliser un spare man pour aspirer le pressing des attaquants adverses. Ainsi, le Barça de Guardiola aurait profité du pressing individuel des parisiens sur l’un de ses centraux, (Lucas le plus souvent) pour faire pénétrer son autre central dans le milieu de terrain qui aurait libéré une place aux milieux lesquels en auraient profité pour apporter le surnombre devant. C’est de là que vient la sensation de voir des maillots bleus et grenats partout quand on affrontait le Barça de Guardiola. Associé au pressing des avants (et des ailiers qui quand ils ne défendent pas sur les couloirs pour couvrir leurs latéraux, repiquent dans l’axe pour gêner la relance adverse), ce pressing à tête chercheuse qui pourchassait le relanceur adverse était particulièrement redoutable et empêchait tout simplement l’adversaire de déployer son jeu, nullifiant ainsi ses velléités offensives à la racine.

Spare man ou Superman?

Dans la doctrine Guardiola, quand l’un des centraux catalans a le ballon (mettons Piqué), les attaquants adverses tentent de le presser, et/ou de couper la passe facile vers l’autre central ou un latéral. Mais si l’autre défenseur pénètre déjà dans le rond central, les cartes sont redistribuées et Piqué peut rechercher un milieu de terrain directement. Même si l’adversaire a un marquage strict et connait la musique (en tentant de marquer de près le milieu destinataire de la passe pour l’empêcher de se retourner), il ne peut pas laisser Piqué s’approcher indéfiniment balle au pied et doit aller au devant de lui laissant son milieu (mettons Xavi) libre de ses mouvements et surtout libre de se retourner face au jeu à la recherche de la dernière passe (axiale) ou de l’avant dernière passe (latérale).

Dans cette configuration, le spare man est Xavi. Et cette manière de jouer avec le pressing adverse était l’une des armes principales du Barça Guardiola. Mais le Barça Vilanova n’utilise plus ces manœuvres avec autant de minutie. Piqué a d’ailleurs souvent perdu le cuir mercredi soir à la recherche de son spare man. Les milieux parisiens n’ayant pas assez souvent eu à affronter le dilemme de presser le défenseur ou de garder un œil sur les milieux. Le PSG n’a même pas eu à changer sa nature profonde pour mettre à mal le Barça comme toutes les équipes ressorties du Nou Camp avec un résultat ont du le faire sous Guardiola. Paris a joué comme chaque week-end en Ligue 1, dans sa configuration habituelle. Et Valdes, en 43 matchs de C1, n'a jamais eu autant d'arrêts à faire sur une seule rencontre (il a du s'employer 7 fois mardi soir).

Face au Barça Guardiola, le pressing haut parisien se serait essoufflé à un moment ou à un autre du match et le Barça aurait puni son adversaire à chaque fois que ses milieux de terrain se seraient retrouvés face au jeu. Les équipes qui ont gagné au Nou Camp durant l’ère Guardiola n’ont pas tenté de déjouer le piège du spare man, se contentant de garer le bus dans leurs 30 derniers mètres en laissant la liberté de la première relance aux défenseurs catalans et en bloquant les couloirs avec deux joueurs à vocation défensive (on se souvient tous d’Eto’o latéral droit ou de la France de Laurent Blanc avec ses deux latéraux face à Iniesta- Alba). Des "opérations bunker" qui ont parfois porté leurs fruits mais toujours utilisées en désespoir de cause.

Le Barça caricature du Barça

Nul besoin d’en venir à de telles extrémités avec le Barça Vilanova, seulement 4e défense de Liga. D’abord parce que la mécanique de relance n’est pas  aussi bien huilée qu’avant et ensuite parce que le pressing paye et ce, dans tous les compartiments de jeu. A part Iniesta et dans une moindre mesure Xavi, aucun catalan n’a joué à son niveau optimal et la grande majorité des duels ont été remportés par des Parisiens plus puissants physiquement. Même le pressing du Barça n’est plus ce qu’il était. Désormais, le Barça presse comme n’importe quelle équipe, sans anticiper le prochain mouvement du porteur du ballon, sans lui couper tous ses choix. On l’a vu avec Lucas qui a eu énormément de temps pour préparer ses frappes à 25 mètres à plusieurs occasions. Les absents n’expliquent pas tout. Ils n’expliquent pas le manque d’inspiration aux abords de la surface adverse ni tout l’espace dont a profité Verratti. Et quand c’est le PSG qui pressait, il n’a jamais vu ses efforts perturbés par la présence de deux rampes de lancement pour brouiller les pistes (le 4-4-1-1 en phase défensive cher à Guardiola dans les Clasico face au Real par exemple). Les courses à l’intérieur des Jallet, Lucas et Pastore étaient uniquement suivies par leurs vis-à-vis (Alves et Alba) et non pas par les milieux défensifs en renfort. Il aurait fallu répondre au pressing de Lucas et Lavezzi par l’addition d’un milieu de terrain (pour faire la transition en 4-3-3 en phase offensive) et créer le surnombre.

Bref, le Barça d’aujourd’hui, sil joue dans le même schéma de base, avec les mêmes joueurs, l’adjoint de l’ancien entraineur et obéit aux même missels tactiques et conceptions convergentes de ses prédécesseurs, ressemble à une grossière caricature de celui d’hier. Il a peut-être la même colonne vertébrale, mais le temps où il n'avait qu'à se baisser pour ramasser un résultat est peut-être révolu.


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