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Dauphin de Nicolas Douchez (Lens) pour le trophée UNFP du joueur de novembre en Domino's Ligue 2, l'ex-Monégasque Aboubakar Kamara (Amiens) s'est confié en exclusivité pour Goal.

Passé par l'AS Monaco où il a disputé deux matches avec l'équipe de Leonardo Jardim lors de la saison 2014/2015, Aboubakar Kamara fait aujourd'hui les beaux jours d'Amiens en Domino's Ligue 2. Nommé pour le trophée UNFP du joueur du mois de novembre, l'attaquant de 21 ans (4 buts et 1 passe décisive cette saison) a dû se contenter de la deuxième place derrière Nicolas Douchez, récoltant 18% des votes. Pour Goal, il a accepté de commenter ses premiers mois de la saison. L'occasion de revenir sur son départ de l'ASM et de retracer son parcours. De Monaco à Amiens, en passant par Courtrai en Belgique.

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Que représente cette deuxième place au trophée UNFP du joueur du mois de novembre ?

Aboubakar Kamara : Pour mon image, c'est une bonne chose. Ça fait toujours plaisir et j'étais un peu surpris d'être parmi les trois finalistes. Ça prouve que le travail paye.

Vous avez connu une première partie de saison en deux temps. D'abord sur le banc puis titulaire, comment la jugez-vous ?

J'étais plus souvent sur le banc au début, mais c'était les choix du coach. Je rentrais 20-30 minutes à chaque fois. J'ai continué à bosser et j'ai fait en sorte d'intégrer le onze titulaire.

Le carton rouge pris dès votre première titularisation, lors de la 2e journée, a-t-il freiné votre entame de saison ?

Oui, ça m'a pénalisé parce que j'avais très bien commencé le match. Je pense que ça m'a aussi pénalisé auprès du coach, mais ce n'est pas grave. C'est le foot, c'est comme ça. J'ai dû apprendre à gérer mes émotions parce que le mental, ce n'est pas ce qui me manque. Depuis, je me suis bien rattrapé et je vais continuer sur cette voie.


"Je dois changer d'état d'esprit pour devenir un vrai tueur devant le but"


2 buts, 1 passe décisive contre Brest (3-0), le 26 novembre dernier. Peut-on dire qu'il s'agit de votre match référence ?

C'est forcément l'un de mes matches référence parce que je marque 2 buts et que je délivre 1 passe décisive face au leader du championnat, mais j'ai aussi été performant lors d'autres matches. Ce qui me manquait surtout, c'est d'être efficace devant les cages. Là, j'ai marqué, j'ai fait la différence pour l'équipe, donc on peut dire que ç'en est un.

Avec la réserve de Monaco (CFA), vous étiez performant devant le but. L'heure est venue de l'être à l'échelon supérieur...

Il faut toujours garder la hargne et je dois changer d'état d'esprit devant les cages pour devenir un vrai tueur et mettre le ballon au fond quand on en a la possibilité. Il faut que je passe ce cap.

Pourquoi n'avez-vous pas réussi à percer à Monaco ?

C'est difficile à dire... Dans la vie, on a parfois des épreuves qu'on ne comprend pas. Il faut savoir rebondir et ça me réussit plutôt bien pour l'instant.

Leonardo Jardim vous a pourtant fait jouer lors de la saison 2014/2015...

Exact ! J'ai fait une entrée contre Lyon (1-2), j'ai aussi joué contre Reims (2-1) et je suis resté sur le banc face à Montpellier. C'est un peu frustrant de ne pas avoir réussi à percer à Monaco, mais je suis très content pour eux. Aujourd'hui, tout se passe bien. L'équipe tourne et j'espère que ça va continuer. De mon côté, il faut que je reste focalisé sur moi, sur ce que je veux faire. Il ne faut pas baisser les bras. Ce n'est rien ! Monaco, c'est du passé. Il me reste plein d'autres étapes à franchir.


"À Courtrai, j'ai constaté que le monde du foot est un monde très cruel"


Avez-vous le sentiment de ne pas avoir fait le bon choix en voulant rebondir à Courtrai (D1 belge) où vous n'avez pas marqué en 12 apparitions ?

Il n'y a pas de mauvais choix. Je dirai plutôt que c'était une bonne expérience. Ça m'a appris beaucoup de choses. J'ai pu constater que le monde du foot est un monde très cruel et que tout peut aller très vite dans un sens comme dans l'autre. Ça m'a fait ouvrir les yeux sur plusieurs choses. Evidemment, je n'espère pas revivre cette expérience et je mets tout en œuvre pour que ça ne se reproduise pas.

Si vous deviez comparer vos 6 mois à Courtrai avec l'atmosphère amiénoise, qu'est-ce qui a changé ?

Je m'entends beaucoup mieux avec les gens et la mentalité n'est pas du tout la même. Là-bas, ils sont ensemble, solidaires entre-eux, et c'est limite s'ils ne veulent pas parler aux gens qui viennent de l'extérieur. Je trouve ça un peu dommage parce que la Belgique n'est pas un mauvais championnat. Mais ce manque d'ouverture m'a déplu et on ne m'a pas mis dans de bonnes conditions pour réussir.

En l'espace d'un an, vous venez de monter en Domino's Ligue 2, d'être nommé pour le trophée UNFP, tout cela grâce à un gros collectif...

Je sais très bien que sans mes coéquipiers je ne pourrais rien faire. Sans eux, je ne suis rien. J'ai toujours dit que j'avais besoin de gens derrière moi. Je sais courir, je sais presser. Mais si on ne me fait pas la bonne passe, ce sera compliqué. Je ne vais pas partir avec le ballon, faire 4-5 dribbles, et marquer tout seul. Ça arrivera peut-être 2 ou 3 fois dans l'année, mais ce sera très rare. C'est pour ça que je parle beaucoup du collectif parce que je sais que ce sont mes partenaires qui vont me permettre d'être décisif.

Cette solidarité dont vous parlez est-elle la principale force de votre équipe ?

On a un groupe qui a une bonne force mentale et qui est très solidaire. En match, on veut tous s'arracher et si tout le monde part dans le même état d'esprit, on peut tous réussir ensemble. Vouloir aider son équipe, ses coéquipiers, c'est ça le sport collectif. À partir du moment où cela est respecté, ça roule tout seul.


"Richard (Soumah) m'apporte beaucoup dans le relationnel et dans le foot"


Vous avez tissé un lien de confiance avec plusieurs de vos partenaires et notamment Richard Soumah...

Richard m'apporte beaucoup, que ce soit dans le relationnel ou dans le foot. Je l'ai dit plusieurs fois. Ce n'est pas comme un grand frère... C'est mon grand frère. C'est quelqu'un avec qui je m'entends très, très bien. C'est grâce à des personnes comme lui que j'ai envie de me battre sur le terrain. Il me donne envie d'avancer et de garder cet état d'esprit pour faire briller mes coéquipiers.

Vous avez joué dans plusieurs dispositifs cette saison. Êtes-vous plutôt 4-4-2 ou 4-2-3-1 ?

Sincèrement, je préfère le 4-2-3-1, mais je m'adapte. Si j'ai une bonne relation avec l'attaquant, ça ne me dérange pas du tout de jouer dans un 4-4-2. Avec Jonathan (Tinhan), on l'a fait plusieurs fois. On s'est pas mal trouvé. C'est encourageant. J'essaye de rendre la confiance à l'entraîneur mais aussi à mes coéquipiers. On a tous envie d'être titulaire et c'est le coach qui prend les décisions. Il faut savoir être performant pour que tout le monde soit content. Je ne sais pas pourquoi le coach me met titulaire, mais je travaille bien à l'entraînement, j'essaye d'être bon en match. Espérons que ça continue !

Christophe Pélissier, votre entraîneur, a-t-il joué un rôle important dans votre montée en puissance ?

Ça fait toujours du bien quand le coach vous laisse sur le terrain, même quand vous ne marquez pas. Ça vous montre qu'il a confiance en vous. En revanche, si je ne marque pas, ça pourra passer une, deux ou trois fois, mais la quatrième ça ne passera pas. Il faut être prêt, être réceptif, pour réagir parce que même les supporters vont commencer à dire "c'est bon ! Il faut changer !"

Avez-vous ressenti de la frustration en début de saison ?

J'étais frustré de ne pas marquer, mais je gardais la foi. Je me disais que ça allait arriver parce que je faisais de bons matches, mais il me manquait ce but ou cette passe décisive pour que cela devienne de très, très bons matches. Ça a mis du temps à arriver, je commençais à beaucoup réfléchir. Mais ça ne servait à rien. Il fallait se remettre au travail. Il a fallu se reconcentrer et ça paye petit à petit.


"Si vous me donnez une série de victoires, je la prends tout de suite !"


Vous n'avez plus marqué depuis le match contre Brest (3-0). On imagine que vous voulez vite revivre un tel moment...

On travaille pour vivre des moments comme ceux-là. J'espère qu'il y en aura d'autres et je suis même sûr qu'il y en aura d'autres parce que je vais tout faire pour.

D'un point de vue collectif, vous n'avez plus gagné depuis ce match. Comment l'expliquez-vous ?

C'est difficile à dire. On vit peut-être une crise de confiance après nos victoires. On se repose peut-être un peu trop sur nos lauriers... C'est possible, je ne sais pas. Après le match contre Sochaux (0-1), on avait le sentiment d'avoir tout donné. Mais ça ne s'est pas vraiment ressenti sur le terrain. Ce serait bien d'enchaîner deux victoires consécutives. C'est important et ça ferait du bien à tout le groupe.

Le classement est si serré qu'on se dit qu'il ne vous manque qu'une série pour retrouver le podium...

Franchement, si vous me donnez la série de victoires, je la prends. Une série, ça fait toujours plaisir. Il en manquera à chaque fois. Le championnat est très serré et j'ai envie de dire qu'une série nous ramènerait en tête. Mais aujourd'hui, ce n'est pas le cas. On travaille sereinement, on est bien classé, et on va tout faire pour gagner nos prochains matches.

À quelle place Amiens peut-il terminer cette saison ?

Je suis quelqu'un qui veut remporter tous les matches, donc si on gagne tout jusqu'à la fin de la saison, logiquement on sera premier. Evidemment, ce n'est pas possible parce que le championnat est difficile et qu'il y a de bonnes équipes. Mais avant de penser à notre classement final, on va essayer de terminer l'année en beauté.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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