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À bientôt 26 ans, Jonas Martin est à un tournant de sa carrière. Son avenir, sur lequel il s'est confié à Goal, ne s'éclaircira qu'après sa mission maintien avec Montpellier.

À la bataille pour éviter la relégation, Jonas Martin vit une saison compliquée à Montpellier. Le milieu de terrain de 25 ans s'est confié en toute franchise à Goal sur l'état des lieux d'un club parfois à la dérive depuis le début de l'exercice, avec bon espoir de redresser la barre. S'il ne veut pas voir plus loin que les quatre derniers mois qu'il reste à son club formateur pour se sauver, celui qui a été l'une des révélations du MHSC champion de France 2012 réfléchit tout de même à la question avec maturité.

Dans la situation actuelle de Montpellier, la semaine de Ligue des champions a dû vous faire du bien ?

Jonas Martin : Disons qu’après la victoire, on aurait limite préféré avoir un match trois jours plus tard. C’est vrai que ça fait quand même du bien de se reposer et de regarder les grandes équipes jouer. Ça nous permet de voir comment elles se comportent dans ce genre de match pour nous appuyer sur beaucoup de choses qu’on ne fait pas.

Cette compétition vous l’avez disputée en 2012/2013. Avec le recul, estimez-vous que cela vous a joué des tours ? On entend souvent dire que la Ligue des champions est un piège pour les équipes qui n’y sont pas forcément destinées…

C’est vrai que le club n’était pas préparé à ça, ni au titre. Maintenant, ça lui a permis de se développer et de grandir. Trois ans, quatre ans après, nous ne sommes pas à notre place, par rapport à l’effectif et à tout ce qu’il y a autour. Je ne pense pas que ça nous a forcément desservi, mais il y a eu un contrecoup.

On se souvient d’Auxerre qui avait joué la Ligue des champions avant de descendre en Ligue 2. Est-ce que c’est un scénario que vous craignez ?

Après le titre, le coach et le président avaient pris le cas d’Auxerre en exemple. Beaucoup de clubs ont connu cette situation ou ont flirté avec la relégation. Nous on a chaud depuis le début de la saison donc c’est dans nos têtes. On n’était pas préparé à jouer les places européennes il y a quelques années, là on n’était pas préparé à jouer le maintien. Aujourd’hui, la réalité c’est que si le championnat s’était arrêté la semaine dernière, on serait en Ligue 2.

Après le titre il y a eu l’arrivée de Jean Fernandez, celle de Rolland Courbis et puis maintenant Frédéric Hantz. De l’extérieur, Montpellier donne l’impression de n’avoir pas réussi à se stabiliser…

La succession de René Girard a été compliquée. Après, s’il est arrivé dans l’urgence, Rolland Courbis est quand même resté deux ans et demi. Ce n’est pas long, mais pas court non plus. Je pense que l’arrivée de Hantz est une bonne chose pour tout le monde. C’est quelqu’un de l’extérieur qui amène ce dont lui a envie et il n’est pas dans la continuité des autres entraîneurs. Il a toutes les qualités pour s’imposer dans la durée. Maintenant, vous savez, le président, c’est lui qui fait des choix (rires). Il a parfois des coups de folie.

La manière dont l’aventure s’est terminée avec Rolland Courbis a jeté un flou sur le projet sportif du club. De votre point de vue, est-ce un projet que vous pouvez clairement expliquer ?

On a tous été surpris, surtout que c’était pendant notre période de vacances. On a lu ça dans la presse, personne ne nous en avait touché un mot. Frédéric Hantz est vraiment arrivé avec un projet, des idées claires et il nous répète tous les jours à l’entraînement qu’il souhaite installer quelque chose. Je pense qu’il se projette dans la durée avec le club, même s’il y a un état d’urgence.


GOAL "J'ai une mission, je suis formé au club, ce serait vraiment un échec pour moi de le faire descendre"


Dans quel état d'esprit est votre groupe aujourd'hui ? 

Ça va. On vient de prendre 7 points sur 12 donc c’est pas mal. On n’a pas encaissé de buts dans deux de nos quatre derniers matches et cela faisait longtemps que ça ne nous était pas arrivé. Forcément, quand il y a des victoires il y a des sourires. La différence, c’est qu’on sait maintenant qu’on ne peut pas se relâcher. On se parle tous les jours, on fait des réunions entre joueurs pour avoir la bonne mentalité et bien travailler.

Il vous reste encore les huit actuels premiers du championnat à jouer. Il y a un enchaînement Nice, PSG, Saint-Etienne qui arrive, est-ce que c’est un calendrier qui vous inquiète ?

On ne peut pas dire qu’on a le meilleur calendrier mais depuis le début de saison on a quand même fait de bons matches contre les grosses équipes, même si on n’a pas eu les résultats qu’on voulait. Contre Paris, Nice ou Sainté, ça s’était joué sur des détails mais c’est contre les grosses équipes qu’ils comptent le plus. À nous de ne pas replonger dans la crise.

Vous êtes actuellement 16e mais, paradoxalement, vous n’êtes qu’à 7 points de la première partie du tableau. Selon vous, combien de "candidats" y a-t-il à la descente ?

Je pense que Bastia a fait un grand pas vers le maintien mais après eux, jusqu’à Lorient, personne n’est à l’abri. À un moment donné on parlait d’Europe pour le Gazélec comme l’a dit leur coach et là on voit que ça s’est resserré. J’ai regardé le calendrier des équipes devant nous, ce n’est pas facile non plus. Celui qui va faire la série négative sera vraiment en danger. Lorient, Guingamp, Lorient, Reims, nous… Même Lille. On est 6 ou 7 équipes à avoir peur.

Vous êtes en contrat jusqu’en 2017, comment envisagez-vous l’avenir ?

Ce n’est pas pour répondre comme tous les joueurs, mais là je me concentre vraiment sur la fin de saison. J’ai une mission, je suis formé au club, ce serait vraiment en échec pour moi de le faire descendre. Maintenant il peut se passer beaucoup de choses pendant ce mercato, je peux prolonger à Montpellier comme je peux décider, si tout le monde est d’accord, de partir.

Vous êtes titulaire à Montpellier depuis le départ de Rémy Cabella, qu’est-ce que vous inspire sa trajectoire ?

Il faut s’en servir comme un exemple. Il a fait de supers saisons en France et a intégré l’équipe de France mais ça ne s’est pas bien passé à l’étranger. Heureusement qu’il a un gros mental et qu’il est en train de revenir. Ça va me servir pour la suite de ma carrière, il ne faudra pas faire la même "erreur". Je pense que ça lui a servi quand même. Si je suis amené à partir, ce que lui et Benjamin (Stambouli) ont fait, ça va m’amener à réfléchir à deux fois.

Vous êtes issu de la génération montpelliéraine qui a gagné la Coupe Gambardella aux côtés de Benjamin Stambouli, Rémy Cabella ou Younès Belhanda. Vos coéquipiers sont-ils partis trop tôt à l’étranger ou êtes-vous prêt à les imiter ?

Ils sont partis plus tôt que moi. A la fin de la saison, j’aurais 26 ans et une certaine maturité qu’ils n’avaient pas forcément. Ils sont partis en surfant sur le titre, il y a eu beaucoup de sollicitations et je ne sais pas s’ils l’ont bien géré.

Avant de partir la saison dernière, Anthony Mounier ne voyait pas quel club français il pourrait rejoindre (hormis le PSG et Monaco qu’il n’imaginait pas) pour que cela représente une progression pour lui. Et vous ?

Il avait joué à Lyon pendant les grandes années. Ce qu’il disait était compréhensible à 27 ans. Moi, à part une année en Ligue 2 en prêt à Amiens, je n’ai pas connu d’autre club. Il y a des clubs en France qui sont très intéressants et qui pourraient me faire franchir un palier dans ma progression et dans ma vie. Il y a des grands clubs comme Saint-Etienne, Bordeaux ou Lille avec des grands stades. Chaque année ils sont au moins en Ligue Europa et donc forcément ce serait une progression.

Vous voyez-vous tout aussi bien le garant d’une forme de continuité à Montpellier, d’être la figure du projet sportif du club ?

Oui pourquoi pas. Il faut en parler avec mes agents, le coach et les dirigeants mais oui pourquoi pas. J’aime tout ici, à Montpellier. Ce n’est pas comme si on jouait le maintien chaque saison. C’est intéressant de faire partie des cadres d’une bonne équipe de Ligue 1.

Propos recueillis par Julien Quelen

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